Femmes Tout Court – Françaises d’ailleurs Saison 2

23 Avr

Il y a maintenant une bonne semaine, j’ai assisté à la projection de trois courts-métrages produits par Les Productions Solidaires.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je précise qu’il s’agit d’une commande du FEI (Fonds Européen d’Intégration) sur la difficulté pour les femmes issues de l’immigration de disposer pleinement de leurs corps. Sauf qu’ici l’approche est très éloignée du docu-fiction. Les films existent bel et bien en tant que courts-métrages individuels, chacun de ces trois films proposant une histoire différente vue par le prisme de trois metteurs en scène avec leur sensibilité.
Les films ont été tournés entre octobre et novembre (un week-end par film, c’est très court) pour un budget global de 60 000€ ce qui a permis d’utiliser la caméra Arri Alexa sur deux des films.

Pitch : « Trois destins, trois femmes issues de l’immigration, et leurs difficultés à disposer pleinement de leurs corps. »

Réalisé par Judith Havas, Vincent Vandries, et Nathalie Marchak. Écrit par Christophe Martinolli et produit par Thomas Martinetti pour Les Productions Solidaires.

« Mei Li » de Judith Havas

Synopsis : Plus jeune fille d’une famille chinoise isolée de leur communauté, Mei-Li ne connait de la France que son petit village normand. Lorsqu’elle comprend qu’elle est tombée enceinte, elle décide d’avorter. Mais voilà, elle ne parle pas le français, et la ville est encore loin.
Se trompant de bus, puis de direction, Mei-Li va finalement croiser le chemin d’un taxi de campagne, où se succèdent les passagers haut en couleurs. Silencieux, mais attentif, c’est le chauffeur qui va l’aider à terminer son périple.

Le film démarre sous une facture classique (la jeune fille est enceinte et doit se rendre au planning familial) mais le traitement oriente vite le film vers le road-movie, ou en tout cas s’y essaie. Tourné en 5D et 7D pour des raisons évidentes, l’image est plutôt agréable (on est loin des défauts habituels de l’appareil), Mei Li souffre malheureusement d’un sérieux problème de rythme et de parti pris. La chute arrive comme un cheveu sur la soupe la faute au traitement de l’ensemble un peu trop sérieux ; plus de personnages hauts en couleurs et moins de longueurs auraient joué en faveur du film. Je mets aussi un bémol pour la partition au piano… pas vraiment mélodieuse.
Néanmoins certains spectateurs étaient plutôt emballés par ce film et son personnage attachant.

Les coulisses du tournage :

« Leyla » de Vincent Vandries

Synopsis : Les parents de Leyla l’ont élevée en France, avant de partir vivre leur retraite dans leur Turquie natale. Parfaitement épanouie et intégrée dans le pays où elle a toujours vécu, Leyla termine de brillantes études.
Pourtant, elle reçoit un soir l’appel qu’elle redoutait : ses parents lui envoient un fiancé turc. Leyla va se résigner petit à petit, prisonnière de sa propre famille. Son futur mari arrive dans quelques jours à l’aéroport. Mais une surprise l’attend, qu’elle n’aurait pas osé imaginer.

Esthétiquement, le film de Vincent Vandries, chef opérateur sur les trois courts-métrages, est le plus réussi. Filmé en Alexa « Leyla » nous propose de nombreux décors, essentiellement en intérieur pour un environnement mieux contrôlé en termes d’image. C’est aussi le film qui dispose des personnages les plus définis. Dommage que l’histoire ne m’emballe que moyennement (une jeune femme va subir un mariage forcé après avoir trouvé le grand amour). Outre l’image j’ai particulièrement apprécié le montage qui oscille entre plusieurs « temps » et dynamise l’ensemble. Si les comédiens sont investis dans leur rôle, j’ai été quelques peu gêné par leur jeu dans certaines scènes et le manque de naturel de quelques dialogues.
Certains spectateurs ont apprécié la fin qui tranche avec le côté dramatique et noir des films traitant ce genre de sujet.

« Fatou » de Nathalie Marchak

Synopsis :  « Un homme, père d’une petite fille âgée de 8 ans, en pleine séparation, croise chaque jour dans le RER une jeune fille d’origine africaine, Fatou. Ils se heurtent, s’apprivoisent, jusqu’au jour de leur rencontre. Ce jour-là, Fatou, assise sur un banc, ne prend pas le train. Il décide de lui parler. Elle se confie à lui.
C’est un film court qui vise à raconter, avec pudeur, la vie d’une jeune femme française qui porte encore les stigmates de ses origines et de sa culture. »

Pour moi le film le plus intéressant (j’y fais même une brève apparition). S’il traite du sujet le plus difficile de cette trilogie (à mes yeux), l’angle est plutôt original voir même subtil. Plutôt que suivre l’histoire depuis la cellule familiale de Fatou, nous suivons un père de famille divorcé (le toujours très bon Frédéric Graziani) qui va croiser cette fille, Fatou, à plusieurs reprises. Tourné en Alexa en lumière naturelle (impossibilité de se brancher sur les quais de la SNCF), le rendu est très agréable.

La page Facebook de la trilogie

Un article sur le tournage à l’aéroport de Vatry

Le producteur exécutif de la trilogie, Thomas Martinetti, s’est prêté au jeu des questions/réponses :

Comment as-tu eu cette commande ?

Le directeur des Productions Solidaires travaille beaucoup avec différentes institutions, ce qui lui permet parfois de répondre à des appels d’offres audiovisuels. Cela avait déjà été le cas pour une première trilogie en 2008, financée par la région Ile de France. Nous proposons une approche « cinéma » sur des thèmes souvent traités en docu-fictions, ou institutionnels.
En 2011, nous nous sommes donc attelés à mettre en œuvre une nouvelle trilogie, soutenue par le Fonds Européen d’Intégration, sur « la difficulté pour les femmes issues de l’immigration de disposer pleinement de leurs corps ».

Que faisais-tu sur le projet ?
J’étais producteur exécutif, puisque Les Productions Solidaires m’ont confié un budget à tenir et un projet à livrer à échéance. Concrètement, j’ai assuré la direction de production sur les trois films, tout en veillant au bon déroulement du projet global.

Le temps entre la mise en route du projet et la projection ?
Dans un premier temps, nous avons dû choisir les thèmes, les communautés traités. Pour cela, j’ai rencontré plusieurs associations de défense des droits des femmes, (notamment le GAMS, le CNIDFF) aux quelles j’ai soumis mes premières idées, afin de les confronter à la réalité des choses. De ces rencontres, ont émergé quelques idées, dont une histoire vraie, celle de Fatou, que je voulais absolument traiter.
Depuis le feu vert accordé au projet en janvier 2011, deux mois se sont écoulés, le temps de choisir définitivement les sujets et de lancer l’écriture. A la fin du printemps, chaque film avait sa réalisatrice ou son réalisateur. C’est à la rentrée 2011 que tout s’est vraiment amorcé : casting, prépas… Les tournages ont eu lieu d’octobre à novembre 2011. La post production, dépendante de nos petits moyens et de la disponibilité des gens, s’est étalée de décembre 2011 à mars 2012.

Comment as-tu choisis les réalisatrices et réalisateurs, l’équipe, les comédiens ?
Une fois les 3 intrigues choisies, je les ai confiées à mon ami co-auteur Christophe Martinolli, pour qu’il commence déjà l’écriture des scripts. Pendant ce temps, je me suis occupé de rencontrer et recruter des réalisatrices (car nous tenions à avoir des regards de femmes sur ces films).
Des connaissances dans la production et la mise en scène m’ont orienté vers de jeunes réalisatrices. Le choix s’est fait sur leurs expériences, mais surtout sur leur sensibilité. Nathalie s’est rapidement impliquée dans l’histoire de Fatou, tandis que Judith a immédiatement voulu raconter le destin de
Mei-Li. Quant à Vincent, on travaille souvent ensemble, et j’avais déjà pensé à lui pour être directeur de la photographie sur la trilogie. Doué en mise en scène, il a su me convaincre de lui confier Leyla, en tant que réalisateur.
J’ai ensuite constitué une équipe relativement commune pour les trois films, tout en laissant chacune et chacun y intégrer ses propres connaissances. En court-métrages, les disponibilités des techniciens jouent beaucoup également, et rien n’est jamais fixé jusqu’au tournage. Pour les comédiens, chaque réalisatrice et réalisateur a organisé son casting, et recruté des acteurs professionnels pour la grande majorité.

Le budget ?
Nous disposions d’environ 60 000 € pour la trilogie complète.

Tournage en Alexa pour les films sauf Mei Li, c’est ça ?
Comme je le disais plus haut, Vincent et moi avions prévu très tôt de collaborer sur cette trilogie. Je m’occupais de la production, et lui de l’image au sens large. Disposant de son propre Canon 5D, l’idée était de tourner les trois films avec son matériel, que nous aurions complété selon les besoins.
Vincent et moi faisons pas mal de régie en publicité, et les configurations avec le 5D nous sont familières, légères et économiques.
Véritable petit road-movie normand, « Mei-Li » nécessitait énormément d’extérieurs, et une grande souplesse logistique si nous voulions finir le film dans les temps. Dépendant de la météo, nous avons décidé de le tourner en premier, fin octobre, pour profiter d’un maximum d’ensoleillement. Vincent a donc utilisé son 5D, couplé à un 7D, suffisamment légers pour filmer dans un minibus par exemple. De plus, notre chef machino, Thomas Bigot, un véritable Mc Gyver des tournages, a fabriqué lui-même divers éléments, dont une véritable petite grue démontable. Tout cela n’aurait pas été faisable avec une caméra plus lourde.
Quelques semaines plus tard, le tournage de Leyla approchait, et celui de Fatou allait suivre. Vincent et son équipe image ont soumis alors l’idée de garder le 5D uniquement pour des plans de complément, et de tourner en Alexa, dont l’image nous avait bluffé en publicité, et au cinéma (dans « Drive » notamment). Dès lors, Vincent et Nathalie ont accepté de sacrifier leurs salaires et une partie du budget, afin de pouvoir louer le matériel nécessaire à une telle configuration technique.
Le résultat a été à la hauteur, mais je n’ai aucun regret, puisque sur un plan logistique, il n’aurait pas été possible de réaliser « Mei-Li » autrement qu’au 5D.

Comment se sont déroulés les tournages, où, et sur combien de jours ?
De manière générale, pour des raisons pratiques et financières, chaque tournage était prévu un week-end, pour économiser les coûts de location. Nous disposions de deux jours et demi de prises de vue environ pour chaque film.
« Mei-Li » traite de la galère rurale d’une jeune chinoise enceinte. Perdue dans la campagne française, elle essaie de trouver le chemin du planning familial, mais sans voiture, c’est mission impossible. Pour moi, il fallait qu’au moins un des films ne soit ni parisien, ni même urbain. Notre budget ne nous permettant pas de partir très loin (cela équivaut à perdre une journée de tournage), j’ai choisi la Normandie, plus précisément le département de l’Eure, que je connais bien, puisqu’une amie y possède une maison de vacances. L’endroit est bien desservi, et comporte ce qu’il fallait de paysages et villages ruraux, le tout à une grosse heure de Paris.
Les décors de « Leyla » sont classiques : un appartement, un bar, un banc de fac… Mais il nous fallait un aéroport, quasi « personnage » du film à part entière. Dès le départ, Vincent et moi voulions éviter Orly et Roissy, trop grands, trop chers, et trop contraignants. Nous avons pensé nous éloigner
de Paris, et filmer un de ces nombreux aéroports flambant neufs de province. Là encore, le temps nous manquait sur un week-end pour partir trop loin. Finalement, mon choix s’est arrêté sur un établissement très peu connu, l’aéroport de Vatry à Châlons-en-Champagne, au sud de Reims. Spécialisés dans le fret, ils ne disposent que d’un petit terminal pour passagers. L’accueil y a été extraordinaire. Nous avons disposé pendant toute une matinée, du terminal entier et du personnel. Sur place, les figurants locaux sont venus en nombre et nous les remercions encore.
Quant à « Fatou », pas une séquence ne se passait en dehors des RER. La bonne collaboration avec la SNCF était indispensable. C’est eux qui nous ont orientés vers la gare d’Ivry sur Seine. Le trafic est moindre en week-end, mais le tournage autour et à bord des trains est très compliqué, et implique
une grand rigueur, pour des raisons de sécurité.

Quelle va être la vie des films maintenant ?
Nos commanditaires devraient les diffuser dans leurs propres antennes, et en faire profiter la plupart des associations de défense des droits des femmes.
Mais de notre côté, nous considérons ces trois films comme de vrais court-métrages cinéma à part entière, et allons tout mettre en œuvre pour qu’ils soient vus en festivals, et diffusés sur un maximum de chaînes TV.
L’aventure continue pour la trilogie 2011, mais en ce qui me concerne, je travaille déjà à la mise en chantier de la suite…

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