« Surrender » et « Matriarche » de Guillaume Pierret

6 Jan

Il y a de grandes chances pour que le nom de Guillaume Pierret vous soit familier. Il y a  un peu plus de deux ans ce réalisateur palois*, pas encore trentenaire, faisait le buzz sur la toile avec son court-métrage « Surrender », un actioner amateur très recommandable. De l’eau a coulé sous les ponts et son dernier court pointe le bout de son nez : « Matriarche », toujours mis en boîte avec sa bande de potes : Rémi Leautier et Florent Plisson. Un film impressionnant qui glane des prix un peu partout, y compris au NYCIFF (New York City International Film Festival) ou à Mauvais Genre.

* les palois et les paloises sont les habitants de Pau, troisième ville importante du grand sud-ouest après Toulouse et Bordeaux.

Surrender affiche

« Surrender » avec Rémi Leautier, Damien Leconte et Stéphen Scardicchio

À l’origine c’est un tout autre film qui devait voir le jour, « Carnation ». Arlésienne ambitieuse, ce projet laissera sa place à autre film toujours placé sous le signe de la castagne et de cascades spectaculaires. J’ai découvert le film sur la toile à l’époque de sa mise en ligne, et de mémoire c’est bien la première fois que je voyais un court amateur (qui plus est made in france) prendre autant de risques et la jouer aussi spectaculaire. Normalement ce n’est pas ma cam’ et je suis le premier à critiquer ces « films de potes ». Mais l’exercice était d’autant plus réussi que ce film, tourné en DV (avec une DVX100 très en vogue sur les courts à cette période), a été mis en boîte pour 3000€. Bien sûr le film aurait pu s’en tenir à son aspect défouloir et démo technique (pour ses scènes d’actions), mais l’autre surprise vient de son scénario. Si on accepte de se laisser entraîner il faut avouer que le tout tient plutôt bien la route avec un début, un milieu et une fin surprenante et réussie, compte tenu de l’aspect amateur de la chose cela va sans dire. On a beau être dans la catégorie « bande de potes/fauché » on sent déjà le potentiel derrière les porteurs du projet.

Vous pouvez trouver un paquet d’infos sur le blog de l’époque

Le Film :

Guillaume Pierret à propos de « Surrender » :

Tout d’abord peux-tu te présenter ainsi que ton parcours ?

Je suis un réalisateur autodidacte de 29 ans. À la base je viens du sud-ouest (PAU), où j’ai commencé à réaliser des courts-métrages en 2004, à raison d’un film par an. J’étais, et je suis toujours, entouré de mes potes Rémi Leautier (producteur) et Florent Plisson (directeur de post-production). Nous avons commencé ensemble, armés d’un simple caméscope mini-DV, avec comme spécialité le film d’action fauché. C’est un genre que l’on prend très au sérieux, qui nous a appris à faire beaucoup avec pas grand-chose, et qui nous a surtout poussé à être de plus en plus ambitieux.

Je suis depuis peu basé à Paris, où je travaille actuellement en tant que scénariste.

Qu’est ce qui a motivé la mise en chantier de ce film ?

Nous venions (Guillaume, Rémi et Florent -ndlr) de terminer « Indemne », sur lequel nous nous sommes bien défoulés, et il était déjà temps de réfléchir à un nouveau projet. Nous avons donc lancé le tournage d’un court-métrage, qui ne verra hélas jamais le jour, et qui s’appelle « Carnation », dans lequel je me forçais plus ou moins à quitter le sentier de l’action pur jus, sans doute pour prouver que j’avais un cerveau. C’était un projet assez ambitieux (tournage dans le désert espagnol, poursuite en voitures entièrement truquée en guise de scène d’intro, etc), mais qui nous a tous laissé sur notre faim. Pendant ce temps, je voyais mon pote réalisateur Mickael Mongin qui s’éclatait au montage de son film «Pression Maximale», avec des tonnes de fusillades et de bastons ! Ça m’a donné envie de faire pareil, de revivre un tournage 100% adrénaline… Alors avec Rémi, on a décidé de laisser Carnation sur le côté, pour mettre en chantier notre projet le plus ambitieux. Et quoi de plus ambitieux qu’une poursuite en voitures dans un court-métrage d’action fauché ? Tout le film est parti de cette scène…

Comment as-tu abordé ta mise en scène ? 

Depuis mon premier court-métrage, « Le Dernier Psaume », j’aime filmer les choses sur le vif, caméra épaule, quitte à ce que ce soit abstrait ou illisible par moments. À la même période, des films comme La Mort dans la Peau de Paul Greengrass ou encore la série TV The Shield ont démocratisé ce style de réalisation, ce qui m’a conforté dans l’idée de continuer dans cette voie. C’était enfin légitime… Et « Surrender », plus que n’importe quel autre de mes courts, avait besoin de ça. Les cadres serrés, la shaky-cam, le montage nerveux, c’est aussi le moyen d’optimiser et de camoufler les maigres moyens dont on disposait. Certains appelleront ça du cache-misère, moi je dis que c’est la magie du cinéma. Il fallait ruser, donner l’impression que les voitures roulaient à 100 km/h dans la circulation, que les crashs se faisaient à pleine vitesse etc, alors qu’il n’en est rien. Cette scène de poursuite, je l’ai rêvée dans tous les sens avant de la filmer, et il valait mieux : avec les voitures accidentées, on n’a pas souvent droit à une seconde prise. C’est vraiment cette scène qui a donné la tonalité au reste du film, que je voulais 100% homogène.

Comment as-tu financé le film, à hauteur de combien de budget ? 

En comptant tout, factures de téléphone et essence y compris, le budget total s’élève à 3000 euros. Nous avons financé le film nous-mêmes. La caméra (une dvx100) nous a été prêtée par une association, Homelands. Cet argent a surtout servi à l’hébergement au défraiement de l’équipe. Les voitures, les autorisations et les décors, c’est des mois de recherche, de négociation, de tension. Il valait mieux être motivé.

Au niveau du casting, comment as-tu démarché les comédiens ? 

Une fois de plus, c’est Rémi Leautier qui a endossé le premier rôle, en plus d’être impliqué à fond dans la production. Le tournage s’annonçait épuisant, on devait pouvoir compter sur quelqu’un qui tiendrait jusqu’au bout, et ce peu importe le degré de fatigue. Et après trois films sur le même principe, je n’aurais fait confiance à personne d’autre : Rémi était tout indiqué.

Pour le rôle du flic, c’est un autre pote réalisateur, Guillaume Tauveron, qui m’a chaudement recommandé Damien Leconte, avec qui il venait de boucler un film. Champion d’Europe de Kickboxing, il tenait à embrayer sur une carrière d’acteur. « Surrender » était son deuxième film seulement, et il n’a pas déçu. Impressionnant d’implication, d’humilité, et de patience. J’espère l’avoir devant la caméra encore longtemps !
Idem pour Stéphen Scardicchio, que j’ai rencontré via Myspace (ça ne nous rajeunit pas), et qui a enduré avec nous les cinq jours de tournage alors qu’il n’avait que deux scènes à jouer. Une belle équipe très soudée, sans quoi le film n’aurait pas été ce qu’il est.
Comment s’est déroulée la diffusion du film ? 

Très peu de festivals. J’avais la flemme de l’inscrire partout… L’objectif était plutôt de le vendre. Et c’est à Cannes, durant le festival, que Premium Films s’est dit intéressé pour distribuer le film… Après une année à circuler sur diverses (petites) chaînes de télé à l’étranger, « Surrender » est revenu sur le Web. C’est là qu’est sa vraie place.

Matriarche

« Matriarche » avec Catherine Badet-Corniou, Adrien Bienvenu, Fabrice Delorme, Damien Leconte et Stéphen Scardicchio.

Une jolie baffe. Que ce soit au niveau de l’écriture ou de la réalisation on sent que tout a gagné en maturité depuis « Surrender » pour un résultat très pro et immersif, en dépit d’un pitch convenu : Suite à un braquage qui tourne mal un jeune homme retrouve sa mère en prison. Pour la partie action nous retrouvons le réalisateur de « Surrender » dans un déluge de violence et de tôle froissée, le savoir faire en plus avec des effets signés par le duo incontournable Leroyer/Scherer. En opposition, les cadres sont très soignés et la mise en scène plus posée dès que la mère est à l’écran. Une réalisation qui épouse parfaitement son propos et ses personnages. Mais si on visionne « Matriarche » avant tout pour son côté divertissement spectaculaire, c’est passer à côté d’un script plutôt bien foutu avec des acteurs parfaits. Sous la caméra d’un autre et avec d’autres comédiens « Matriarche » aurait sombré dans le ridicule et le cliché, ici ça fonctionne du feu de dieu !

Je vous invite à vous promener sur le blog très détaillé du film où Guillaume Pierret revient sur chaque étape de la fabrication de son film et de galères insoupçonnables.

La bande-annonce :

La parole au réalisateur de « Matriarche » :

Qu’est ce qui a motivé le développement de ce film ?

Notre précédent court « Surrender » commençait à dater. On ne pouvait pas se reposer éternellement dessus si on tenait un jour à développer un long-métrage. Il lui manquait de nombreux ingrédients, à commencer par une bonne direction d’acteurs, ainsi qu’une technique maîtrisée. Il fallait définitivement en finir avec les tournages en équipe (trop) réduite, et s’entourer de professionnels. En gros, tourner à la parisienne. C’était là le challenge principal de « Matriarche » : convaincre sur d’autres aspects que l’action, sans pour autant délaisser le spectacle. Bref, donner le maximum à tous les niveaux, histoire d’en terminer avec les courts-métrages.

Le but est de développer un long n’est-ce pas ? 

Oui. La stratégie était clairement définie depuis le début :  faire des courts de plus en plus gros, jusqu’à attirer l’attention. Objectif atteint après « Surrender »… Sauf qu’attirer l’attention ne suffit pas, il faut aussi et surtout un scénario solide. Donc depuis 2010, je me suis mis à l’écriture. Et écrire Matriarche a été une excellente école pour appréhender l’écriture de long-métrage. Maintenant, faire ‘Matriarche’ en plus long n’est pas notre objectif. J’aime à croire que le court se suffit à lui-même.

Comment as-tu abordé ta mise en scène ? J’aime beaucoup le côté nerveux associé au fils et les cadrages très propres et posés pour la mère.La mise en scène de « Matriarche », c’est un peu la somme de tous mes courts précédents. Ce n’était pas le moment de tout chambouler ou de tout repenser, il fallait au contraire exploiter les acquis, rester simple, et ne jamais perdre de vue les limites imposées par la logistique du film (budget, contraintes mécaniques liées aux cascades, etc). Pour le reste, c’est la première fois que je me retrouvais à filmer de longues séquences de dialogues. Mais le mot d’ordre était le même que pour l’action : immersion. Coller au plus près des personnages, sans en faire trop, et faire confiance aux comédiens.
Comment as-tu financé le film, à hauteur de combien de budget ?
Si nous voulions tourner « Matriarche » sans compromis, il nous fallait cette fois davantage de budget. Mais plutôt que de passer par le circuit de production classique, qui prend trop de temps pour un résultat trop incertain, on a pris les devants. Avec Rémi Leautier à la production, nous avons financé et tourné toutes les scènes d’action en province, à Sète : poursuite en voitures, fusillade, etc, le tout sans les acteurs principaux (non castés à l’époque). Nos images en poche, nous avons débarqué à Paris, afin de convaincre du potentiel de ce court-métrage. C’est là que nous avons rencontré l’équipe d’Heska, une jeune boite de production qui a pris en charge toute la seconde partie du tournage sur Paris. Au final, Matriarche est une belle co-production ! Et bien que le budget soit près de six fois supérieur à celui de Surrender (soit dans les 18 000€ -ndlr), on a gardé l’aspect «démerde» pour tirer parti du moindre euro dépensé.
Présente nous un peu tes collaborateurs, Rémi Leautier, Carnage Productions, Lerroyer/Scherrer… 

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai toujours travaillé avec Rémi Leautier. Au départ comédien «par défaut» dans mes films, il a toujours eu ce rapport à la production. Jusqu’à l’officialiser pour de bon avec Matriarche, où les rôles étaient bien plus définis qu’à l’époque où chacun de nous multipliait les casquettes pour mener à bien les films. De même avec Florent Plisson, qui a toujours officié en post-production.

Au fil des courts-métrages, nous avons fait de belles rencontres décisives, à commencer par les cascadeurs de Carnage Productions. C’est déjà la troisième poursuite en voitures que nous faisons ensemble, et j’espère que la prochaine ce sera pour le long.
Il y a aussi Yvan Georges-Dit-Soudril, mon co-scénariste, qui est aussi réalisateur à ses heures (« Rail », « Le Syndrome de Cushing »). On bosse ensemble sur le scénario d’un long-métrage qui sera produit par Heska Productions. Il m’a également filé un coup de main au cadre lors du tournage à Sète, aux côtés de l’excellent Mickaël Mongin, un réalisateur 100% action qui est toujours là pour m’épauler lorsqu’il s’agit de filmer de la casse.
J’ai eu aussi l’immense plaisir de travailler avec le duo David Scherer / Leo Leroyer. Grâce à eux, les quelques passages gores du film sont aussi les plus explosifs.
Côté son, Julien Riquier a fait un travail de dingue en sound-design pour recréer de zéro tout le son de la poursuite en voitures. Et ça n’a pas été une mince affaire !
À la musique, j’ai retrouvé mon pote Alexis Maingaud, qui avait déjà signé la BO de Surrender.
Pour le reste de l’équipe technique, nous avons eu de la chance de tomber sur les gars de chez Weazel Factory, à commencer par Damien Poirot (directeur de production), Cyril Bron (chef opérateur) et Aurélien Cormier (cadreur), qui nous ont suivi dès les prémices de la pré-production. Ils ont par la suite su proposer des gens très pros et impliqués pour pourvoir les différents postes.
Au niveau du casting, comment as-tu démarché les comédiens ? 

J’ai fait circuler le mot auprès de mes potes réalisateurs, ainsi que sur les différents réseaux sociaux. Pour camper les deux rôles principaux, la mère et le fils, j’ai eu d’innombrables réponses. J’ai ensuite procédé à un casting dans les locaux d’Heska productions… Catherine Badet-Corniou m’a fait forte impression. Elle correspondait parfaitement à l’idée que je me faisais du personnage. Pour le fils, le choix a été plus cornélien. C’est un rôle bien plus fendard, et les comédiens s’en sont donné à cœur joie. Adrien Bienvenu a fini par s’imposer. L’alchimie entre Catherine et lui me plaisait bien.

Pour le rôle du beau-père, il n’y a pas eu de casting. J’avais entendu beaucoup de bien de Fabrice Delorme, et je n’ai pas été déçu en le rencontrant. Il s’est imposé de lui-même pour le personnage.
Et pour finir, que serait une scène d’action sans l’inénarrable Damien Leconte en super flic ? Réunir la fine équipe de « Surrender » (Damien, Rémi, et Stéphen Scardicchio) était vraiment cool, même si la plupart du temps ils se retrouvent cagoulés pour les besoins de la scène.
Où en est la diffusion du film, les festivals ? Tu as gagné un sacré prix récemment. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Heska Productions a fait un excellent travail de diffusion. Aucun de nos films n’avait participé à autant de festivals ! On en est déjà à 15 sélections (en septembre -ndlr), principalement en France et aux USA. Le film est bien accueilli, et même parfois récompensé, donc que demander de plus ? Comme pour « Surrender », c’est Premium Films qui se charge de la distribution et des ventes télé.

Tes projets pour la suite ? 

Fini les courts-métrages, place aux longs. Du moins pour l’instant, place à l’écriture ! D’ici la fin de l’année, j’espère avoir bouclé au moins deux scénarios (l’interview datant de septembre, j’imagine que Guillaume a avancé -ndlr)

Où en est Indemne Films ? 

Indemne Films est une société de production créée par Rémi Leautier et moi-même. Elle nous permettra de prendre part à la production de tous nos futurs projets, notamment en ce qui concerne les scènes d’action. En espérant que 2013 soit l’année des tournages.

Le site de Guillaume Pierret

matriarche

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Une Réponse to “« Surrender » et « Matriarche » de Guillaume Pierret”

Trackbacks/Pingbacks

  1. « Douce Nuit  de Pascal Thiebaux « fenetresurcourt - 7 janvier 2013

    […] est l’auteur de quelques affiches de courts-métrages qui vous sont familiers, à savoir « Surrender » de Guillaume Pierret ou « Exterminatus » de Paul […]

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