Festival du Film Merveilleux – Compte rendu premier jour

28 Juin

Je vous présentais hier ce festival organisé par l’association Talulah. Le Théâtre Douze étant à une quinzaine de minutes à pied de chez moi je n’avais pas vraiment d’excuses pour éviter les projections. Avis sur 10 premiers films diffusés ce jeudi.

Le Passage de Fabien Montagner – 2011 – 17 minutes – Cantina Films

© Stéphane Bouquet

© Stéphane Bouquet

Une adolescente solitaire va se retrouver bien malgré elle dans une aventure hors du temps.

Je m’étais déjà longuement penché sur le film de Fabien en avril 2012 (par ici) et ce nouveau visionnage a confirmé tout le bien que j’en pensais à l’époque. C’est bien écrit, bien joué et très bien mis en scène.

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Silence de Spook (Emmanuel Guth) et Gloom (Pierre-Gil Lecouvey) – 2013 – 14 minutes -Spook & Gloom Films/Images de Toit

Silence

Octave et Mélodie, deux étudiants dissipés, décident par défi de se laisser enfermer dans la bibliothèque. Mais ils ignorent encore que le silence se respecte, même la nuit…

Sorti de nul part (en fait, de Bordeaux), Silence c’est la grosse surprise de la soirée. Maintenant que j’y pense, j’avais lu un papier dans Mad Movies (rubrique Mad in France qui s’intéresse au genre fauché) mais bref, passons. Le pitch est efficace, le film l’est tout autant. Le duo de réalisateurs (elle et lui) étalent une maîtrise que ne laissait pas forcément sous-entendre leur précédente réalisation, « Stress-Killer », délire amateur filmé en vidéo. Ici commençons par le point qui mettra tout le monde d’accord : la réalisation globale. L’image est soignée (lumière et cadre signés Vincent Toujas), la mise en scène impeccable et le rythme très soutenu. Mention spéciale aux effets de maquillages signés Spook ; la co-auteur/réalisatrice incarne aussi un rôle… étonnant et méconnaissable (même si de toute façon, je ne la connais pas). Si le film affiche sa tonalité humoristique et décalée dès le début (la bibliothécaire, la bouteille d’alcool, les lumières qui s’éteignent), la plongée dans l’horreur est assez saisissante, avec des moments de pure flippe. J’ai beau être impressionnable, la tension dans la sale était palpable. Bien sûr, les codes du genre sont ici respectés (et au fond, on meurt d’envie de voir le couple connaître un destin funeste), mais le film dégage une identité propre et affiche un humour constant et bien placé, jusque dans le génial climax. Par ailleurs, un court-métrage, de genre, qui malmène ouvertement Godard, Truffaut et toute la clique mérite forcément le coup d’œil. Je vais me risquer à une comparaison risquée, mais ce film m’a clairement fait penser à du Peter Jackson ou du Sam Raimi pur jus période horrifique (ce qui inclut le rollercoster Jusqu’en Enfer) . À une époque où tout tourne autour du torture-porn ou de l’horreur graphique au premier degré (voir la relecture d’Evil Dead), le film de Spook et Gloom apporte une véritable fraîcheur et arrive à plus foutre la trouille que certains films de genre modernes et populaires. La rire, meilleur ami de la peur ?

Si vous voulez quelques informations complémentaires, le tournage s’est étalé sur trois mois à raison de trois nuits par semaine. Le tout s’est fait sur Bordeaux, terre d’accueil de la « Silent-Team » comme ils aiment se faire appeler. Je n’ai pas d’infos sur le budget du film qui reste une auto-production (Images de Toit étant représenté en apport matériel du chef-opérateur, j’imagine) tout juste sait-on que le légendaire chiffre d’une quarantaine de cakes aux olives revient souvent. Les comédiens principaux sont incarnés par Camille Durand-Tovar et Yasmin Bau, la musique est signée Punish Yourself qui a cédé les droits. Silence a été bouclé récemment pour une projection au festival Mauvais Genre de Tours, donc il ne sera, malheureusement, pas visible tout de suite sur la toile.

Site du film (vous pouvez découvrir Stress Killer)

Le chef-op parle du film

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The Facts in the Case of Mister Hollow de Rogrigo Gudiño et Vincent Marcone – 2008 – 6 minutes – Rue Morgue Cinéma (Canada)

Mr Hollow

Une image vaut toute une histoire. The Facts In The Case Of Mister Hollow se concentre sur une seule photographie, qui date du
début des années 30. La caméra rentre dans les détails de la photo, et nous révèle des secrets cachés dans les petits détails…

Exercice intéressant, ce petit film sans dialogue est en fait un plan séquence qui explore une photographie dans les moindres détails pour nous révéler certains éléments cachés. Si mes souvenirs sont bons, ce film m’a fait penser à un court-métrage réalisé pour un concours Philips en partenariat avec Ridley Scott avec un zoom perpétuel dans l’image (c’était assez génial, au passage). Bien sûr la forme et le contenu sont quand même très différents dans The Facts in… Je n’ai pas grand chose à dire dessus, c’est plutôt bien exécuté, intriguant pour ne pas dire glauque ; bon travail sur l’ambiance. En revanche la fin m’a laissé… sur ma faim. Il y avait surement matière à raconter quelque chose de plus captivant. Mais c’est vraiment pas mal.

Les deux réalisateurs sont derrière Rue Morgue, qui édite un genre de Mad Movies canadien et qui tient une branche dédiée à la production de fiction. Le catalogue n’a pas l’air mal et leur prochain film « The Last will and testament of Rosalind Leight » a l’air bien flippant.

Site de Rue Morgue

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8 (Ocho) de Raul Cerezo – 2011 – 14 minutes – Harmonica Films (Espagne)

8

À l’âge de huit ans, on cesse d’imiter les autres. L’enfant commence à se forger sa propre volonté, sa propre personnalité et il sait distinguer le bien du mal. Silence. Vous êtes invités. L’instant que vous attendez depuis si longtemps est enfin arrivé.

Drôle de cas que ce film ibérique. L’ambiance est soignée, intrigante, il y a une montée en puissance et soudain, le film s’arrête. Reste très (trop ?) ouvert d’interprétations. Bien sûr, on peut s’imaginer la suite mais ça reste tout de même évasif. Une personne venue représenter le réalisateur après la projection a mis en avant les intentions de Raul Cerezo. Il souhaitait faire un film sans dialogue où la musique sert à raconter l’histoire, ok, où le spectateur découvre l’acte final de ce qui pourrait-être un film de quatre-vingt-dix minutes. Le réalisateur a, par ailleurs, beaucoup travaillé ses références au cinéma de Polanski ou Kubrick.

Pour le coup j’adhère très moyennement avec ces derniers choix (j’aime par contre les films mutiques qui jouent sur l’image, l’action et la musique). Dans une certaine mesure, faire un court-métrage c’est effectivement embarquer le spectateur dans un train en marche, à condition qu’on sache d’où il vient et où se trouve sa destination. Dans le cas de Ocho, ça équivaut pour moi à tourner les premières minutes ou la bande-annonce d’un long. Il s’agit, au risque de faire grincer quelques dents, d’un exercice futile. Un court doit se suffire à lui-même de la même façon qu’un long nécessite ce format pour raconter et développer une histoire. Ici le réalisateur met en place un univers et une intrigue singulière, mais ne cherche pas à développer tout ça. Pour moi l’argument « imaginez le reste », c’est de la paresse. De même que se cacher derrière certains grands noms du cinéma c’est faire abstraction d’un élément important ; ce qui compte c’est sa propre vision d’auteur sur le sujet qu’on met en image. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais faire de références aux réalisateurs que nous admirons, mais ça ne doit pas non plus être un leitmotiv. Le film m’a totalement pris de court (ah ah) alors que je m’attendais à une chute… Différente. Par exemple le film jouant sur une ambiance d’angoisse liée à la perception de l’enfant (qui va souffler ses huits bougies), sur sa famille et son environnement, pourquoi ne pas jouer plus là-dessus ? Le court aurait pu être un exercice de style se servant des codes du cinéma d’angoisse pour faire croire à un film d’horreur alors qu’il s’agit d’une famille normale, d’un anniversaire presque quelconque ; ça aurait eu plus d’impact à mon humble avis.

Je suis critique mais c’est d’autant plus exaspérant qu’il y a du cœur et du talent à l’ouvrage.

La Légende de l’Épouvantail (La leyenda del espantapájaros) de Marcos Besas – 2005 – 11 minutes – Elemental Films (Espagne)

ESPANTAPAJAROS

La vie d’un épouvantail change le jour ou il décide de devenir ami avec les corbeaux.

Toujours en provenance d’Espagne, il s’agit cette fois d’un film d’animation. Peut-être connaissez-vous déjà ce court qui tourne depuis un moment en festivals. Les traits son très stylisés, ce n’est pas trop désagréable à regarder. L’histoire est proche de la fable, avec une approche poétique tout de même bien sombre ; c’est assez dépressif même si la « chute » prête à sourir. Le film est visible sur la toile, je vous laisse vous forger votre propre opinion.

Sunset Day de J.A Duran – 2012 – 15 minutes – Produccions Audiovisuals Antàrtida (Espagne)

Sunset Day

Les années 40. Un garçon avec des capacités spéciales est enlevé par une organisation mystérieuse nommée The Corp. Après des années de formation, ce garçon, est maintenant un membre à part entière de l’organisation et sera forcé de prendre une décision. Jusqu’où ira-t-il récupérer son passé ?

L’Espagne, encore. Le film s’ouvre sur un jeune homme en costume près d’une voie ferrée. Une voix off de Stentor américain, celle du héros qui va couvrir tout le film, nous annonce qu’il sauve le monde pour la 36e fois. L’homme prend la pose, en arrière plan un train se crash de façon spectaculaire. Le tout dans une ambiance années 40 à l’esthétique désaturée . Je ne sais pas vous, mais moi, avec une entrée en la matière pareille, je m’attends à quelque chose de très drôle et généreux. Je cite au hasard des courts comme L’Attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace (!) ou même Silence projeté ce même-soir (voir plus haut). À l’arrivée le constat est terrible. Le film se veut ambitieux et très premier degré (il n’y a qu’à voir les descriptions sur le site officiel). Je ne sais pas du tout si l’auteur/réalisateur s’est rendu compte que son projet faisait surtout rire, promettant de l’action, de l’humour et une chute burlesque qui n’arrivera jamais. Ou alors, pourquoi pas, je suis passé complètement à côté du film. Après la réalisation vaut vraiment le coup d’œil, le cadre et les effets visuels sont soignés, le travail sur l’univers Dickien loin d’être inintéressant, à défaut d’être original. Le film mérite tout de même qu’on s’y attarde, mais le plat qui m’a été servi n’est clairement pas celui que laissait sous-entendre le menu. Dommage.

Site officiel

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Titanio de Elisa Micalef – 2012 – 9 minutes – Italie

TITANIO

Maria, est émerveillée par Felice peignant une armoire blanche, et lui pose beaucoup de questions. Titanio est un petit conte de fées autour du monde d’un adulte et un d’un enfant.

Le film est basé (très librement apparemment) sur une nouvelle de Primo Levi, un célèbre auteur italien survivant de la Shoah décédé en 1987. Alors c’est sympathique, même très touchant, mais jusqu’au bout j’attendais un élément fantastique, en vain. Cela dit ça change, et l’intérêt est ailleurs. Et c’est vraiment attendrissant.

The Strings of my Fate de Thomas Guerigen – 2013 – Baghera Films

string

Il s’agit ici d’un clip pour l’artiste Watine. La poupée est animée à la main en live ; il y a une bonne couche de post-production du studio Baghera, spécialisé dans le clip et l’institutionnel. C’est pas mal.

Site de Watine

Le Mec de mes rêves de Cybèle Villemagne -2008 – 18 minutes – Collectif Court

Mec de mes reves

Quand Maya rencontre Charles, c’est décidé qu’il le veuille ou non ce sera l’homme de sa vie ! Mais jusqu’où son imaginaire tantôt morbide tantôt rose bonbons lui permettra-t-il de fuir la réalité ?

Alors, drôle de cas que ce petit film, somme toute fort sympathique. C’est un film de filles. Fait par une fille, pour des filles. Alors forcément, j’ai un peu envie de passer la main. Mais j’avoue, pour être honnête, m’être plutôt bien marré à certains moments (la scène du lit, les visions morbides) mais c’est surtout la gente féminine qui riait à gorge déployée. Donc j’ai envie de dire que la mission était remplie pour son auteur/réalisatrice qui incarne aussi le premier rôle. Après je ne peux m’empêcher de dire que j’ai trouvé ça un peu foutraque, certaines transitions étaient brutales et il y avait matière à jouer un peu plus avec l’image (des splits-screens par exemple). Mais je ferme les yeux là-dessus et sur la fin attendue dès le début pour la bonne énergie de l’ensemble, un peu à l’image de Cybèle qui à l’air assez foldingue et pétillante.

Site de Cybèle Villemagne

Douce Nuit de Stéphane Bouquet – 2013 – 11 minutes – Palanquée Films

Douce Nuit

Trois braqueurs profitent de la nuit de noël pour faire un cambriolage.

Très bonne idée de finir la première sélection sur le film de Stéphane Bouquet. Sous ses allures de film de braquage dans la tradition du genre, on peu dire qu’il a du cœur. Pourtant j’étais sceptique dès le départ avec ce qui s’annonce comme un film un peu dur et ultra-classique (avec Jo Prestia, inévitable dans le genre). C’était sans compter sur la pirouette de fin très bien amenée et qui fonctionne du feu de dieu.

Le monde étant petit, Stéphane Bouquet a pris quelques photos sur le plateau du film de Fabien Montagner, Le Passage. Ce même Fabien qui est ici monteur, et en a profité pour embarquer sa petite équipe puisqu’on retrouve le chef op (Arnaud Carney) et le compositeur de son film (Cyrille Aufort, qui s’allie ici avec Xavier Kubix).

À ne pas confondre avec le Douce Nuit de Pascal Thiebaux.

Le site officiel du festival

La page Facebook

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4 Réponses to “Festival du Film Merveilleux – Compte rendu premier jour”

  1. online colleges 28 avril 2015 à 21 h 28 min #

    I can’t believe I’ve been going for years without knowing that.

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