Festival du Film Merveilleux – Compte rendu deuxième jour

29 Juin

Après le compte-rendu du premier jour, voici un retour sur les douze films projetés hier.

Sleepworking de Gavin Williams – 2012 – 16 minutes – Hook Pictures (Grande-Bretagne)

Sleepworking

Dans le futur proche, une jeune femme devient un sleepworker : son corps est programmé pour faire le travail subalterne tandis qu’elle est endormie. Cependant, elle commence à subir des effets secondaires inquiétant et se lance dans un voyage dangereux pour découvrir ce que les sleepworkers font réellement lorsqu’ils sont inconscient …

Inception fait des émules ? Le film ne démarre pas trop mal grâce à une beauté formelle indéniable (ou presque, je suis allergique à la caméra épaule) et des comédiens impliqués, plutôt justes. L’univers d’anticipation dépeint n’est pas inintéressant, mais à mesure que l’intrigue avance, que le rêve et le réel se fondent, je trouve que ça patine un peu. La chute ne m’a pas vraiment fait d’effet (tout ça pour… ça ?) et je pense qu’il y avait matière à exploiter un peu plus l’histoire autour de la jeune femme. Au final Sleepworking est plus une satire sociale teintée d’anticipation qu’un thriller psychologique. Un peu déçu, mais c’est pas mal.

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Luminaris de Juan Pablo Zaramella – 2011 – 6 minutes – JPZ studio (Argentine)

Luminaris

Un homme travaille à la chaîne dans une usine et fabrique des ampoules.

Véritable OFNI, Luminaris c’est peut-être mon coup de cœur de la soirée. Une histoire de romance poétique façon film d’animation, le tout dans un univers décalé avec un traitement visuel unique, mélangeant live et stop-motion. J’y ai trouvé un petit côté Chaplin, et j’espère que vous serez autant séduit que je l’ai été ; en tout cas déjà 200 prix à travers le monde en deux ans d’existence, pas mal. Le film est visible dans son intégralité.

Côté technique c’est bel et bien un film d’animation qui utilise la pixilation. Il s’agit d’une technique qui combine des acteurs en chair et en os interagissant avec des objets, le tout filmé en image par image. Ici c’est encore plus poussé puisque le réalisateur utilise le time-lapse, donnant un rendu accéléré à la lumière (qui joue un rôle primordiale) tandis que l’action des comédiens est dans un temps plus « réel ». Dis comme ça c’est un peu alambiqué.

Pour revenir aux origines du projet, le réalisateur argentin s’est inspiré d’un tango (Lluvia de Estrellas). Il était obsédé par cette musique et a commencé à imaginer des images autour lors d’une résidence d’écriture à l’Abbaye de Fontevraud (dans notre beau pays). Au départ Luminaris devait être animé avec des poupées, mais c’est en faisant des essais de pixilation dans le jardin de Fontevraud que tout s’est mis en place. Notamment l’idée conductrice du rayon de soleil comme d’une force magnétique.

Au final la production se sera étalée sur deux ans et demi. Pas vraiment étonnant quand on voit la précision du résultat.

Site officiel

L’Appel de Julia Saccani – 2013 – 21 minutes

L'Appel

La cinquantaine passée, Raphaël Pollara vit seul dans son appartement. Sans famille, sans travail, il regrette son Italie natale. Un rêve obsédant l’amène à reprendre l’exécution d’un tableau jusque-là délaissé. Petit à petit, l’univers de la toile semble attirer inexorablement Raphaël…

J’ai eu un peu de mal avec ce film. Je pense que le fond se tient, on sent que l’auteur/réalisatrice tient à son sujet, que c’est très personnel. Les motivations de Raphaël sont claire… Mais j’ai vraiment un problème avec le traitement. Le film est beaucoup, mais alors beaucoup trop long. Il était sans doute possible de couper pas mal de choses. D’autre part la réalisatrice s’intéresse tellement à son personnage que la forme en est oubliée. Au delà des quelques bruits de fond évoquant sa contrée natale, la réalisation en est réduite au stricte minimum. Plan fixes, quelques panoramiques, et quand il faut déplacer la caméra hop de l’épaule. C’est vraiment dommage puisqu’il y avait vraiment moyen de creuser la forme sur ce sujet. Il y a quand même un travail intéressant sur les ombres dans la dernière partie À mes yeux un film beaucoup trop personnel qui oublie qu’il s’adresse à un public, et vouloir partager une histoire (qui ne fera pas forcément écho chez les spectateurs) passe par quelques concessions.

C’est le deuxième court-métrage de la réalisatrice formée au montage. Elle a fait du renfort régie ou mise en scène sur quelques films. L’Appel est soutenu par l’Alsace et le programme envie d’agir, mais a nécessité une (modeste) levée de fond sur Ulule.

Page Ulule

Les Incroyables aventures de Fusion Man de Xavier Gens et Marius Vale sur une idée original de David Halphen – 2009 – 8 minutes – AMDA

Fusion Man

Fusion Man, un super-héros gay, renonce à sa soirée romantique pour voler au secours de Raphaël, un homosexuel poussé au suicide par le
super vilain Wako.

Enfin, du divertissement ! Ce film vous parle sans doute puisqu’il fait partie de la collection Canal « Cinq films contre l’homophobie ». Et bien on va dire que c’est plutôt fun, un regard autant amusé qu’amusant sur un super-héro homosexuel. Pour être critique, je vais dire que les personnages sont un peu trop dans la caricature de l’homo façon fofolle, mais je n’ai pas eu pour autant la sensation que les auteurs se moquaient. Sur les huit minutes, on retrouve tous les ingrédients nécessaires au genre : un (super)héros partagé entre vie privée et son devoir, un super-méchant, un damoiseau en détresse et la journaliste groupie. Très efficace et sympathique, avec une révélation surprenante sur Le Chevalier Noir et son acolyte.

Marius Vale est un réalisateur de clips et d’instits, je ne pense pas avoir besoin de vous présenter Xavier Gens (The Divide, Frontière(s), Hitman), je rappelle juste qu’il a déjà réalisé un court-métrage intitulé Au petit matin (c’est hautement recommandable, j’y reviendrai à l’occasion). Côté casting, que des gens connus avec Raphaël Personnaz, Félix Moati ou Patrick Ligardes. Le tout sur un script de David Halphen, donc.

Been Caught de Ray Mccarthy Bergeron et Meghdad Asadi Lavi – 2013 – 3 minutes – Film d’école (USA)

Bean Caught

Un concierge qui travaille de nuit perd accidentellement ses clés.

Pas grand chose à dire sur le sujet. C’est un film d’animation dans les standards des films d’école : court, drôle, techniquement et esthétiquement passe-partout. Mais le déroulement et la chute fonctionnent plutôt bien.

Refugio 115 de Ivan Villamel – 2011 – 8 minutes (Espagne)

Refugio 115

Pendant la Guerre civile espagnole, un groupe de survivants essaie d’échapper à des ombres étranges dans le Refuge 115.

Toujours à l’honneur dans ce festival, le film de genre espagnol revient avec un essai pas vraiment concluant. En fait, difficile de sauver ce film qui ressemble plus à un film d’école façon FEMIS qu’à une fiction fantastique. Rien d’étonnant puisqu’il s’agit d’un film d’école financé grâce à une subvention d’état (10 000€ de mémoire), où les ombres sont une métaphore de la guerre qui progresse au-dessus, au cas où vous ne l’auriez pas compris. Oui mais voilà, côté cadre c’est très moyen (l’argument caméra portée pour être au plus près des personnages archi entendu) et on ne s’intéresse jamais au sort des personnages. Du coup,on s’ennuie. C’est même involontairement drôle par moments, en partie à cause de la situation et du jeu des acteurs qui ne collent pas, et pas aidé avec des sous-titres traduits par Google Traduction (c’était très approximatif). C’est dommage, ça commençait pas trop mal, le jeu sur l’ombre et la lumière prometteur. Pour le coup Ocho se démarquait beaucoup plus à ce niveau.

Le réalisateur a fait une version « hommage Twilight Zone » de sa bande-annonce, c’est amusant et plus intéressant :

Mille Pattes et Crapaud de Anne Kmelevskaya – 2013 – 10 minutes – Fargo

Mille Pattes et Crapaud

Dans une forêt lointaine, le Mille-pattes, souple et gracieux, suscite l’admiration de tous les insectes. Seul un vieux Crapaud, hautain et jaloux, le déteste. Un jour, il décide de se débarrasser du Mille-pattes…

L’esthétique 2D n’est pas mal du tout, c’est assez recherché et bourré de détails. Après il s’agit d’une fable animée, avec une bonne dose de pessimisme. C’est inspiré du conte « La Malédiction du crapaud » de Gustav Meyrink et, il me semble, d’un proverbe Zen : Le mille-pattes était heureux jusqu’au jour où un crapaud facétieux lui demanda : « Dis-moi, je t’en prie, dans quel ordre meux-tu tes pattes ? » Cela préoccupa tant et tant le mille-patte que celui-ci ne sut plus avancer.

20Zwoelf de Christian Stahl – 3 minutes

20Zwoelf de Christian Stahl

La liberté de la Presse est un de nos atouts les plus grands. Nous juste besoin d’alerter les journalistes des abus et nous défendons ce droit fondamental. Mais nous devons aussi nous concentrer sur notre propre critique.

Film proche de l’expérimental, où les images captées en live sont retouchées façon bande-dessinée animée (un travail sans doute bien laborieux). C’est sûr ça donne un certain cachet, mais le film est très court et s’achève de façon abrupte. J’aurais besoin d’un deuxième visionnage pour le coup.

Qui sont les Super-Héros de Cisco K (Mathieu Lalande) – 2012 – 19 minutes – Buffalo Corp

Qui sont les super héros

Melvin est un garçon d’une douzaine d’années. Depuis qu’il est petit, il conserve précieusement une collection de vieux comics américains hérités de son défunt père. Autour de ces bandes dessinées, il a développé un imaginaire s’appuyant sur une admiration pour son père et les super-héros.

Depuis le temps que j’attendais de voir ce film, j’en avais complètement oublié l’existence… Du coup quelle surprise de voir un nouveau court en provenance de Buffalo !

Le film de Mathieu Lalande est vraiment pas mal. Tout d’abord, formellement, c’est impeccable (comme toujours chez Buffalo, j’ai envie de dire). Les cadres sont soignés, le réalisateur et le monteur jouent intelligemment avec le split screen et autres effets de découpages. Le scénario fait la part belle à l’enfance avec une parade amoureuse amusante, avec des répliques bien senties. Peut-être ce qui m’a un peu gêné avec ces jeunes enfants qui parlent et se comportent un peu comme des adultes (mais au fond, les enfants n’essayent-ils pas de mimer leurs aînés ?). Après j’attendais sans doute quelque-chose de plus fou-fou vu la thématique. En l’état c’est vraiment sympathique, les jeunes comédiens plutôt doués (et bien dirigés me risquerais-je).

Le site de Buffalo Corp

Merci mon chien de Julie Rembauville et Nicolas Bianco-Levrin – 8 minutes – Folimage (France/Canada)

Merci mon chien

Ce soir le chien Fifi est contraint de lire son journal sous la table au moment du repas. Mais entre Papa, Maman, Zoé et Tom, l’ambiance est électrique, chacun n’en faisant qu’à sa tête, et la lecture est vite compromise.

Cette fois j’ai vraiment apprécié le crayonné et l’animation, et surtout bien accroché à l’histoire et aux personnages, très bien croqués. Si tout gravite essentiellement autour de ce chien savant, le film propose un deuxième niveau de lecture sur la famille plutôt habile. Tout se joue entre ce que l’on voit, le chien et sa place, ainsi que ce que l’on entend, la cellule familiale. Avant tout, drôle et attachant ; particulièrement savoureux.

Interview des réalisateurs

CTIЙ ! de Cyrille Drevon – 2011 – 14 minutes – Insolence production

Ctin

Au douzième coup de minuit, un homme se réveille entouré d’inconnus au langage incompréhensible pour un curieux souper qui
dégénère… Un drame horrifique et burlesque, une plongée dans un monde à part, aussi esthétique que cauchemardesque !

Toujours aussi singulier, c’est la troisième ou quatrième fois que je découvre le film de Cyrille en festival. Ce souper façon Brain Dead est toujours aussi dérangeant qu’intriguant avec un très gros travail sur la plastique. L’essai n’en demeure pas moins intéressant. Vous pouvez relire mes impressions en détail par ici.

Pour information le film est produit par Insolence Production, déjà à l’oeuvre derrière les très bons Tous les hommes s’appellent Robert et Absence.

Site officiel

Ressasser De Julien Beaunay – 2013 – 3 minutes – Broken Production

Ressasser

Ressasser est un palindrome vidéo mettant en scène un homme habité par une idée fixe : la première impression qu’il a ressentie à la vue d’un tableau.

Dense (ou foutraque) ! Difficile de donner une impression sur ce film après un seul visionnage. L’écran est coupé en deux, de chaque côté le film défile avec un chronologie des séquences opposée. Je n’ai pas tout saisi mais l’exercice est intéressant…

Compte-rendu premier jour

Le site officiel du festival

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  1. Festival du Film Merveilleux – Compte rendu troisième jour | fenetresurcourt - 30 juin 2013

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