« Silence » de Spook et Gloom

2 Mai

Fin juin 2013, je publiais un billet sur le Festival du Film Merveilleux. L’occasion de partager la découverte de cette pépite qu’est « Silence ». J’en disais beaucoup de bien à l’époque (et ça reste d’actualité après un nouveau visionnage). 

Le problème avec les films de genre, c’est qu’en règle générale… c’est très mauvais. Qu’on parle de format court ou long, ces films souffrent quasi constamment de problèmes d’écriture, certes, mais aussi d’un traitement cinématographique proche du néant. Et quand deux bordelais sortis de nul part décident de s’attaquer au genre, avec cinq complices nourris aux cakes aux olives, la surprise est de mise tant le résultat est impeccable.
Après ses 16 sélections dans des festivals tels que Gerardmer, Mauvais Genre, le PIFFF, il était temps de revenir sur ce projet enthousiasmant en laissant la parole à leurs instigateurs : Spook (Emmanuelle Guth) et Gloom (Pierre-Gil Lecouvey).

Silence

Brève présentation de vous-mêmes, quel-est votre parcours ?

Spook et Gloom, bibliothécaires reconvertis en conspirateurs de mini-films fantasti-comiques !

Signes particuliers :
– Spook (elle) aime traîner ses guêtres dans les cimetières et lire Mad Movies aux toilettes (étrangement, tous les amateurs de cette revue la lisent aux toilettes – ndr).
– Gloom (lui) a de l’embonpoint et ses cheveux sont indisciplinés.

Des films ou des réalisateurs qui vous donnent de l’appétence pour faire ce métier d’ingrats ?

Tous les films, courts ou longs, qui procurent des émotions.
Tous les réalisateurs, mainstream ou abscons, du moment qu’ils ne sont pas trop cons.

Comment s’est monté le projet « Silence », de l’idée à la post-prod ?

Nous venions d’achever notre premier court-métrage « Stress-Killer », réalisé avec cinq francs six sous mais avec beaucoup d’énergie et de volonté et, nous étions de nouveau occupés à étiqueter des livres à la bibliothèque. Comme nous déprimions, nous nous sommes dit que ce serait chouette de mettre en scène deux étudiants enfermés dans la Bibliothèque (Universitaire de Bordeaux) en pleine nuit. Car si dans « Silence », on ne voit qu’un petit bout de l’arrière-boutique de la bibliothèque où nous bossions tous les deux, on peut vous assurer que la réalité dépasse la fiction : des centaines de mouches mortes côtoient les vieux livres dévorés par le temps et les champignons, la poussière est si épaisse qu’on a l’impression de travailler dans un incinérateur cerclé de couloirs sinistres et de murs lacérés par le temps. Un décor naturel et gratuit : la fac française dans toute sa laideur !

La fine équipe dans sa quasi totalité. Il faut y ajouter beaucoup d'envie et surtout de talent. © Fabrice Lecha

La fine équipe dans sa quasi totalité. Il faut y ajouter beaucoup d’envie et surtout de talent.
© Fabrice Lecha

Nous avons écrit le scénario en quelques jours. Il nous fallait ensuite trouver une équipe de techniciens compétents ET bénévoles, ainsi que de bons comédiens. Nous avons d’abord pensé à Camille Durand-Tovar (qui interprète Mélodie), que nous avions vue au théâtre tout comme Yasmin Bau. Camille nous a tout de suite proposé Vincent Toujas comme chef op’, qu’elle connaissait bien pour avoir déjà collaboré avec lui. L’ingé son a été le poste le plus difficile à pourvoir. il a finalement été trouvé par hasard lors d’un recrutement express improvisé par Gloom à la bibliothèque où Bastian (notre ingé son, donc) venait emprunter des DVD. Idem pour Mélina, jeune étudiante en cinéma recrutée au même moment (on dit que le hasard est le moyen de transport du diable lorsqu’il veut voyager incognito…).
Le tournage s’est fait pendant 12 nuits, étalées sur plusieurs semaines. Certains soirs ont été particulièrement éprouvants : celui de la scène qui se déroule près de l’entrée de la bibliothèque par exemple : -2°C avec un vent sifflant à 3h du mat’. Notre équipe a failli perdre des doigts tant ils étaient engourdis par l’air glacial.
Nous n’avions pas de budget, le matériel nous a été prêté par le service audiovisuel de la fac de Bordeaux et par Vincent Toujas et son association : Images de Toit.
Le film a été tourné en mode « guérilla », nous devions penser au matériel, mais aussi à la nourriture pour toute l’équipe, à la logistique, etc. Ce fût vraiment éprouvant, mais le jeu en valait la chandelle ! (absolument – ndr)

Un petit tour d’horizon de la Silent Team ?

Vincent Toujas, notre Chef Op, Monteur et Co-producteur.
Bastian Paumier, notre ingé son barbu, étudiant et recruté à la BU un jour d’égarement. Peut gober une part de pizza à 10m en plein vol.
Mélina Macio, scripte et étudiante, recrutée à la BU aussi. (Le même jour que Bastian).
Terence Jung, « Best Boy » et technicien « moutli pass » : notre couteau suisse. Yasmin Bau et Camille Durand-Tovar, nos comédiens qui viennent du monde du théâtre.
Kévin Macio, graphiste barbu, c’est la mode (hipster ? – ndr), qui a réalisé la superbe affiche du film.

Et oui, nous n’étions que sept sur le plateau, dont les acteurs !

© Fabrice Lecha

© Fabrice Lecha

Quel a été le parcours du film jusqu’ici (Gérardmer c’est la classe) ?

Le film a commencé par une sélection au Festival Mauvais genre de Tours en avril 2013 alors qu’il n’était pas complètement terminé (pas de SFX, pas de mastering). Nous avons dû mettre les bouchées doubles pour le finaliser à temps.
Depuis le film a connu 17 sélections dont Mauvais Genre, le Paris International Fantastic Film Festival, ainsi que des festivals européens ou sur le continent américain.

Le film a remporté le prix du Jury Jeune au Festival Mauvais Genre 2013 de Tours, le Best Horror/Sci-Fi Award au Crystal Palace International Film Festival de Londres et le Prix du Public au Festival Gore Night 2013 de Dunkerque.

Aller à Gérardmer, c’était un rêve de gosse c’est sûr. Nous y avons vu des films incroyables. Et « Silence » a été super bien accueilli par le public.
Nous avons aussi beaucoup apprécié l’accueil du public au PIFFF, chaude ambiance ! Surtout que nous avions été mis en garde : les parisiens sont exigeants. Mais ils nous ont laissé la vie sauve, alors on les salue bien bas.
Nous n’avons pas pu nous rendre à Londres, mais ils nous ont quand même donné le prix du meilleur court-métrage… sympa !

Silence 2

C’est quoi la suite ?

Nous avons bouclé trois scénarios de courts-métrages (avis aux producteurs !) et on planche aussi sur notre premier long.
On aimerait bien concrétiser ces nouveaux projets. Sinon, ben, on ira se faire cuire un œuf (ce qui serait criminel et un outrage à notre célèbre exception culturelle – ndr).

Carte blanche pour dire ce que vous voulez !

Et bien merci à tous, vraiment, du fond du cœur.
Un grand merci à la production qui a payé la chirurgie faciale de la créature et la liposuccion de Gloom.
Un spécial « fist fucking » (pratique cordiale visant à saluer par le fondement – ndr) à Philippe, le voisin bruitophobe de Spook et qui lui a rendu la vie infernale pendant trois ans en pétant des câbles monumentaux au moindre pet de mouche : « Philip we love you soooo much, Bitch ! ».
Merci enfin à certains collègues de la Scary Library dans laquelle on bossait et qui nous ont fait grave chier pendant des années : « Anyway, we love you Suckablood people !!! »

Voilà merci encore à tous !

Et merci à toi Raphaël et à Fenêtre sur Court of course ! (Les sublimes éloges à mon égard dépassant la limite de caractères autorisée ont volontairement été réduites – ndr)

Présentation de « Silence » et avis

Page Facebook Officielle

Site de Spook et Gloom

Images de Toit

Bande-Annonce :

Dédicace à Philippe et aux bibliothécaires "Bitcheeeees"

Dédicace à Philippe et aux bibliothécaires « Bitcheeeees »

© Fabrice Lecha

© Fabrice Lecha

© Fabrice Lecha

© Fabrice Lecha

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2 Réponses to “« Silence » de Spook et Gloom”

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