Paris Courts Devant – Jour 2

27 Nov

Si le festival a officiellement démarré hier (présentation par ici), pour ma part il a démarré mardi. L’occasion de découvrir la compétition Fiction et Compagnie 2, soit cinq films (co)produits par des sociétés de production française.

La Météo des plages

La meteo des plages

Alice et Louise sont en couple. Elles veulent un enfant, Tom leur propose son aide. Ce week-end-là, ils se lancent.

Scénario et réalisation Aude Léa Rapin. Avec Mathilde Martineau, Claudine Charreyre, Jonathan Couzinié.
Les Films de La Croisade.

En soi, il y a un bon sujet de départ et des qualités d’écriture concernant les personnages et certaines situations. Mais il faut attendre un long moment avant que les enjeux du film soient clairement exposés. Si le parti pris de brouiller les pistes, quant au pourquoi du comment, n’est pas déplaisant et s’explique par rapport à la gêne de Tom (Jonathan Couzinié, plutôt bon) d’assumer sa présence et son rôle, l’exposition est terriblement longue ; surtout quand le synopsis nous dit clairement que nous suivons un couple de jeunes femmes qui vont compter sur leur ami pour avoir un enfant. Donc… on attend. En même temps que les personnages que nous voyons, de préférence nus, nager, se laver, se brosser les dents, nager de nouveau puis faire l’amour. Le tout en pleine nature dans un coin reculé pour la mise en abîme… Le film aurait pu ne montrer que l’indispensable, d’autant plus que côté enjeux « La Météo des Plages »* passe à côté du plus intéressant. Tom n’est pas prêt à donner sa semence (littéralement, dans une seringue), puisqu’il ne se sent pas capable d’assumer lui-même de faire un enfant à sa femme, qu’elle désire depuis des mois (il ne l’a même pas prévenu au sujet de son escapade). Ici, il n’est qu’un outil et finira inévitablement par donner aux filles ce qu’elles veulent (bien aidé par l’une des deux qui donne un « coup de main »). Donc en choisissant d’éluder, malgré un bon sujet, le film patauge un peu en faisant du personnage le plus intéressant un simple outil.

*Il va sans dire que le titre est artificiel, installé de façon futile dans le film : Alice et Louise sont sur la plage, elles écoutent la radio qui diffuse La Météo des Plages. Au passage la radio fait un peu contradictoire avec ces Robinson Crusoé. Ce procédé est une mode un peu ridicule très répandue dans le court-métrage français (syndrôme « T’étais où quand Michael Jackson est mort »).

Apparemment, la réalisatrice Aude-Léa Rapin est une journaliste reporter d’images et « cherche à faire des films engagés mais non militants pour dénoncer une certaine réalité » (je cite). Elle a réalisé quelques documentaires mais « La Météo des Plages » est sa première fiction. Elle a participé à l’atelier scénario de La Fémis où elle a entamé l’écriture d’un scénario de long-métrage intitulé « Made in France » (description du projet ici) qui lui a valu d’être lauréate 2014 au Moulin d’Andé.

Un extrait du film

Les Heures Blanches

Les heures Blanches

Deux femmes, deux mères, unies par un même drame, un même secret et que pourtant tout oppose… Jusqu’à la mort.

Scénario Sébastien Baril, réalisation Karim Bensalah. Avec Martine Roquebrune, Vannessa Seiler, Francis Hame. 
R!Stone ProductionsAïsha Productions.

Cas un peu particulier pour ce film dont le point fort est aussi son point faible. De nouveau un coup de gueule en apparté sur le synopsis qui gâche le film. Mais pour être franc, je ne les lis même plus. Bref.
Ce film, donc, mis en scène au Canada, nous montre après qu’un enfant soit tué par une autre silhouette (un autre enfant ?), une mère affichant des affiches pour retrouver son gamin disparu dans une zone commerciale par moins quarante. Et là c’est parti pour dix minutes de voix off. Au début aucun problème pour l’accepter, nous nous mettons un peu à la place de cette mère dont le fils a été assassiné ; puis les minutes deviennent longues. Le procédé scénaristique devient évident surtout quand on compare la voix off à la « voix directe » de la mère. Du coup le dénouement arrive sans trop de surprise et le moment le plus important, la confrontation entre les deux mères, sera complètement mis de côté puisque le film s’achève. En soi rien de mauvais bien sûr, mais le film mise beaucoup trop sur son procédé, qui est tout de même une belle idée de cinéma et de traitement des personnages. Le choix de fusionner les deux mères et les situations est très bien et fidèle aux intentions de l’auteur, mais quelque chose sonne terriblement faux, pour ne pas dire too mutch. À noter une plastique et une ambiance assez réussie.

Le film est une coproduction franco(R!Stone Productions)-canadienne(Aïsha Productions). Il me semble que l’auteur canadien du scénario, Sébastien Baril, avait gagné un prix d’écriture (mais je dis peut-être une bêtise). Acteur, scénariste et réalisateur, Karim Bensalah, qui a fait ses études de cinéma à la London Film School, en est à sa sixième réalisation avec « Les Heures Blanches ». Le film a eu la contribution financière du CNC il y a deux ans, le scénario et la note d’intention sont disponibles sur la scénariothèque du CNC. C’est par ici.

Page Facebook du film

Quand les branches se querellent les racines s’embrassent

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Slimane, jeune homme d’origine algérienne, est envoyé de force par ses parents pour faire les vendanges en Anjou. Mais il a au fond de lui un autre rêve qui fait battre son corps.

Scénario et réalisation Marthe Sébille. Avec Medhi Biaci, Rodolphe Poulain, Fanny Jarlot.
Iloz Productions.

Au premier abord, intéressant par son contexte peu représenté (les vendanges), j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le récit de ce personnage complètement intériorisé, pour ne pas dire fermé, qui s’exprime par la danse, seul dans son coin. C’est une démarche du type « coller au plus près des émotions intérieures du comédien, travailler la mouvance et l’expression des corps » à laquelle j’ai du mal à adhérer. À dire vrai, je pense que le problème est un peu plus profond. La plupart des courts qui se veulent poétiques et/ou dansants (voir plus bas) se vendent d’abord comme des films de fiction, ancrés dans une réalité avec des personnages, une palette de jeu, une réalisation globale et une lumière naturalistes. Le décalage est toujours un peu trop violent. Personnellement, quand j’ai l’impression d’être dans un film de fiction pur et dur et qu’un personnage se met à danser ou quand d’autres se mettent à bouger comme des automates, j’en sors instantanément. Mais d’autres adhéreront peut-être (sans doute) à la démarche qui est l’intention affichée de son auteur/réalisatrice. J’ai aussi trouvé le scénario plutôt faiblard compte tenu du potentiel de la situation, avec des moments bien trop longs qui ne font pas avancer le récit d’un iota alors que le film dure quand même plus de vingt minutes. Et puis pourquoi mettre en avant que Slimane est d’origine algérienne, que son grand-père travaillait dans une vigne au pays si c’est pour l’éluder par la suite ? Compte tenu du titre et de la présence forte des racines dans le film, cela aurait pu être exploité un minimum ; l’origine du personnage n’a absolument aucune importance traitée comme telle. Le problème des films fourre-tout (qui trop embrasse mal étreint).

Le film s’est tourné dans un vignoble d’Anjou (le domaine de Mirebeau, à Rablay sur Layon, pour être plus précis), dans le cadre d’une collection de films intitulée « Anjou, Terre de vignoble ». Ayant été tourné en pleine vendange on imagine que tout n’a pas dû être facile. Le rôle principal est tenu par un danseur de Hip Hop qui noue ici son premier contact avec la comédie (malheureusement, cela se ressent un peu trop).

Un article chez AngersMag

Un autre chez Ouest France

La Femme de Rio

La femme de Rio

Gabriel, alcoolique abstinent depuis trois mois, s’enferme chez lui et refuse de mettre un pied dehors. Jusqu’à ce qu’une jeune fille, Audrey, réussisse à forcer Alcatraz…

Scénario et réalisation Nicolas Rey et Emma Luchini. Avec Nicolas Rey, Céline Sallette, Laurent Laffargue, Steve Tran, Rachel Khan.
Nolita Cinema.

Un film loin d’être déplaisant. On s’amuse et les personnages sont savoureux. Mais je ne peux pas m’empêcher de reprocher à « Le Femme de Rio » d’être terriblement statique et de tout miser sur ses dialogues. Où est donc la proposition de cinéma de cette histoire qui aurait tout autant fonctionnée en courte nouvelle ? Après l’introduction des personnages, jusqu’ici tout fonctionne, Gabriel et Audrey vont jouer à un petit jeu qui est très, mais alors très en vogue en ce moment dans le format court (il n’y qu’à voir « T’étais où quand Michael Jackson est mort », mais non en fait, il ne faut pas le voir) : Les personnages, un homme et une femme qui se plaisent, vont se faire la cour en se racontant ouvertement le film qu’ils se font déjà dans leur tête. Le procédé fait sourire mais devrait servir à s’amuser bien plus sur la mise en scène et nous faire passer/ressentir la situation aussi par l’image. En dix minutes, (voir plus, le film en fait vingt) la seule idée de cinéma c’est quand Gabriel et Audrey se parlent par ordinateur interposé (façon « Le joueur d’échec », célèbre film d’animation de Pixar). Alors oui, quand le film s’achève par un dernier baisé qui est en réalité le premier, l’idée séduit ; j’ai même été touché. Mais compte tenu de la situation, du talent des comédiens et du mordant de certaines répliques, faire un peu plus de mise en scène c’était le minimum. Et histoire de critiquer (un peu plus), le seul moyen de savoir que Gabriel est un alcoolique abstinent depuis trois mois est de lire le synopsis, puisque ce n’est pas traité dans le court-métrage et n’aurait eu de toute façon que peu d’intérêt (mais alors pourquoi mettre ça dans le synopsis ?).

Emma Luchini, comme son nom l’indique, est la fille de notre Fabrice national. Elle travaille dans le cinéma depuis un moment et compte quelques réalisations dont le long « Sweet Valentine » sorti en 2008. Son prochain film au cinéma sera « Un début prometteur » adapté d’un livre de Nicolas Rey, écrivain avec qui elle voulait travailler (chose faite dans « La Femme de Rio »).

Page Ulule du film (non financé)

Jeanne

Jeanne

À la mort de leur sœur cadette, trois sœurs s’isolent loin de tout, dans une ferme abandonnée, pour trouver une échappatoire à leur douleur et lui rendre un dernier hommage.

Scénario et réalisation Come Castro. Avec Justine Bachelet, Léa Forest, Clara Hédouin.
Punchline Cinema.

Probablement le film le plus hermétique de cette sélection. Je ne doute pas des intentions, louables, derrière le projet surtout compte tenu du poids du sujet. L’idée en soit est une belle idée de cinéma, faire revivre une sœur disparue au travers de jeux et autres, avant d’accepter la triste réalité. Mais le traitement dans le film est relativement lourd en faisant un film autarque. En 23 (longues) minutes, les actrices parlent de manière pesante et solennelle, beaucoup. Et quand elles ne parlent plus elle dansent, beaucoup aussi. Le tout dans un champ au milieu de nul part dans des plans relativement statiques. Puis elles finissent par rejouer les jeux de leur enfance jusqu’à accepter la perte de Jeanne, au détour d’un très beau plan pour être franc. Mais les rares idées cinématographiques du film sont sur ou sous-exploitées : l’insertion de l’électrocardiogramme, qui n’apparaît qu’un court instant dans la bande-son, alors que cela aurait été l’occasion de distiller des indices sur la disparition de la très jeune soeur et ajouter de la consistance au récit (qui n’en est pas un). Les bruitages « réalistes » quand les filles jouent à mimer (bruits de moteur, de vague ou autre), qui devient un procédé redondant sur le dernier acte, sans oser quoi que ce soit à la mise en scène. Un sujet qui méritait sans doute mieux que le sort qui est le sien, à savoir une idée lancée en l’air et un traitement plus adapté aux planches qu’au cinéma. Et malgré toute ma bonne volonté (je ne suis pas si aigri voyons), ce genre de film me donne l’impression d’être fait dans une démarche beaucoup trop personnelle.

Cosme Castro est aussi comédien (surtout ?). Il a coréalisté un court l’année dernière intitulé « Pour faire la guerre ». Sa complice n’étant autre que Léa Forest, qui joue une des sœurs dans « Jeanne ».

Bande-annonce :

Si votre serviteur, au bord de l’agonie, a du écourter sa journée pour aller se faire diagnostiquer la plus insupportable des maladies pour le genre masculin (le rhume – ndr), la journée de mardi fut aussi l’occasion d’écouter la MasterClass d’Emmanuel Pampuri dédiée au GH4 ou de participer à une table ronde sur l’art du jeu dans la comédie. Et pour retrouver une interview des intervenants de l’atelier transmedia c’est sur le blog du festival.
La journée du mercredi sera dédiée aux deux compétitions internationales (avec de chouettes réussites) et aux films de banlieues (avec plein de « wesh » dedans).

Le site de ParisCourtsDevant

La page Facebook

Le Tumblr du festival

La Masterclass d'Emmanuel Pampuri

La Masterclass d’Emmanuel Pampuri

Table ronde "l'Art du jeu dans la Comédie"  De gauche à droite : Richard Sidi, Julie Ferrier, Marina Tomé, Noémie de Lattre

Table ronde « l’Art du jeu dans la Comédie »
De gauche à droite : Richard Sidi, Julie Ferrier, Marina Tomé, Noémie de Lattre

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