Paris Courts Devant – Jour 3

29 Nov

Comme convenu, j’attaque maintenant cette troisième journée, plutôt bien remplie d’ailleurs, puisque j’ai pu voir une bonne vingtaine de films issus des quatre coins de la planète (Cergy, ça compte ?). Je commence avec les films internationaux regroupés dans les compétitions Si loin Si proche 1 & 2.

Sonuncu (Le Dernier)

Sonuncu

Un des derniers vétérans de la seconde guerre mondiale a survécu. Mais il n’était pas seul. Un vieux frigidaire ronronnait d’un son grave, et a remplacé amis et famille.

Scénario et réalisation Sergey Pikalov. Avec  Idris Rustamov et George Kafarov.
Buta Films.

Petit film plutôt sympathique, à l’univers visuel et sonore très agréable, qui nous transporte dans le monde fermé et un peu étrange, d’un homme quasi coupé du monde. On retrouve quelques figures narratives et graphiques bien connues, liées aux thèmes du temps qui passe, de l’usure, de l’oubli et de la mort. Un sujet qui a déjà fait ses preuves en format court, certes, mais qu’y reste une belle proposition de cinéma.

« Sonuncu » s’est fait remarquer à Cannes, où il concourait pour la Palme d’Or des courts-métrages. Ce « petit » film est quand même nanti d’un budget de 100 000 € (apparemment, pas mal de fonds privés, c’est produit par des russes…). Le réalisateur russe Sergey Pikalov vient de la comédie et des planches de théâtre, avant de passer à la réalisation pour la télévision.
Pour information, il s’agit du premier film de fiction produit par la société Buta Films, qui détient un catalogue de 80 documentaires. Le producteur Nasib Piriyev tenait à tourner dans son pays natal, l’Azerbaïdjan.

Interview du réalisateur sur RFI

La bande-annonce :

Crocodile

Un proviseur de lycée en deuil lutte contre un crocodile.

Réalisé par Gaëlle Denis, scénario de Robin French. Avec Michael Gould.
Life to Live Films.

Une belle découverte. Si le point de départ est assez commun, le scénario et la réalisation de « Crocodile » éloignent cette oeuvre de Grande-Bretagne des sentiers battus. La cause du drame amène une exploitation narrative, visuelle et sonore très intéressante, en adéquation avec son sujet. L’obsession et le fantasme se fondent peu à peu dans le réel au travers du son, des lumières et enfin du décor jusqu’à faire une symbiose des deux univers ; tout en restant accessible. On retrouve aussi un humour caustique propre à la patte britannique.

« Crocodile », qui a obtenu un prix Canal + à Cannes, est mis en scène par Gaëlle Denis. Installée à Londres depuis 14 ans, cette réalisatrice a déjà réalisé de nombreux courts-métrages qui ont connu une belle carrière. Notamment « Fish Never Sleep », sélectionné à Cannes en 2003 et récompensé d’un BAFTA (Oscar anglais). Elle possède un univers visuel très intéressant ; sans doute son héritage de l’animation puisqu’elle s’était installée en angleterre pour suivre des études dans ce domaine.

Une (courte) interview pour La Semaine de la Critique

Site web de la réalisatrice 

Sa page Vimeo (quelques pubs ainsi que deux courts-métrages)

Bande-annonce :

Check Please

Check Please

Après un agréable dîner au restaurant, deux hommes orgueilleux se battent pour savoir qui payera la note.

Scénario et réalisation Geoffrey James. Avec Jared Ward, Jamie Sorge.
PineappleKid Films.

Un film drôle et léger en provenance des USA. La situation du combat de coqs donne lieu à quelques répliques amusantes (dont un hommage à « Retour vers le futur ») et des situations improbables. Dommage que la première partie soit trop verbeuse et que la seconde manque de folie, avant que le film ne s’achève sur une chute plutôt faiblarde. Avec une cerise sur le gateau et un sous-texte bien placé, on tenait là un classique.

Envie de réévaluer le film à la hausse ? Donc l’auteur/réalisateur de « Check Please » (« l’Addition S’il vous plaît » pour les anglophobes), est un jeune monsieur de… seize ans. Fruit de la nouvelle génération, Geoffrey James a eu le virus du cinéma à huit ans, quand son baby-sitter lui a fait découvrir iMovie. Plutôt débrouillard, ce jeune homme a produit son film comme un grand via sa boîte PineappleKid Films. Et si je vous dit qu’il l’a tourné en une seule (longue) nuit de 12h, pas mal, non ?

Le site du film

Une (courte) interview du réalisateur lors du Cleaveland Film Festival

La page Vimeo du réalisateur (avec son précédent court, « Marty » et un documentaire « The Game has changed »)

Bande-annonce :

Recuiem

Recuiem

Maman dort-elle ? Est-ce qu’elle est morte ? Le frère et la sœur Leo et Annetta vivent seuls cette journée, jusqu’à ce qu’avec l’arrivée des adultes et des mots, l’ambiguïté se dissolve.

Scénario et réalisation Valentina Carnelutti. Avec Teresa Saponangelo, Lydia Biondi, Francesco Tricarico, Irene Buonomo, Flavio Palazzol. 

Premièrement, le retour du coup de gueule contre les synopsis. Puisque le point de départ présenté dans le « pitch », c’est ce qui nous attend après dix minutes de film. Après concernant « Recuiem » en lui-même, je lui ai trouvé pas mal de défauts, assez récurents chez les courts-métrages. Ici, le film se contente de montrer des situations sans qu’il y ait de réel point de vue ou enjeux. Je m’explique. La longue exposition nous présente une mère qui rentre chez elle avec ses deux enfants, leur fait à manger, danse avec eux, les couche… C’est mignon mais cette situation, assez commune, ne nous donne pas vraiment d’information sur les personnages ou un semblant d’intrigue. Vient la seconde moitié du film où les enfants sont seuls autour du corps de leur mère. Et là on se demande où le film veut en venir, surtout quand je me rappelle très clairement avoir vu un certain « À bras le corps »* il y a déjà dix ans qui partageait exactement la même intrigue, avec un traitement plus fort sur les personnages. Et le côté « jusqu’à ce que l’ambiguïté se dissolve » tombe un peu à plat, étant donné que l’état de la mère semble évident (ce n’est pas comme si le film était intitulé « Maman dodo » ou « La chasse aux œufs »).  Autre élément plutôt gênant, le corps de la mère est régulièrement montré, de façon frontale et toujours joué par la comédienne, d’une manière où il m’était impossible de croire qu’il s’agissait là d’un réel cadavre (déjà que, pour croire au décès comme il nous est présenté…). J’imagine que l’idée était de montrer l’attitude des enfants face à cette découverte, mais la profusion de scènes et de personnages noie le poisson dans l’eau ; on se demande bien où tout cela mène. Et le film soulève au passage une des plus grandes questions cinématographiques du 21e siècle : En quoi filmer constamment en caméra portée (même pour les plans fixes) et démultiplier les axes nous donne l’impression d’être au plus près des personnages ? Ce type de réalisation ne créé pas l’empathie et donne une place prépondérante au cadreur, nous faisant ressentir la présence physique de la caméra et de l’opérateur dans chaque scène.

* »À bras le corps » est un film de Katell Quillévéré, qui a d’ailleurs été projeté ce mardi dans le cadre d’une projection/rencontre avec la réalisatrice (Quillévéré, et non Valentina Carnelutti)

Malheureusement ma documentation s’est avérée plutôt légère, puisque les articles dénichés sur le web sont en italien. Il s’agit d’une autoproduction.

Extrait :

Olga

Olga

Olga, gardienne de parking, passe de longues journées à déneiger autour des voitures. Une autre âme solitaire va égayer ses journées. Malheureusement, sa quête d’intimité va tomber à l’eau …

Scénario et réalisation Kaur Kokk. Avec Svetlana Dorošenko, Raivo Rüüte.
Alasti Kino.

Pas grand chose à dire sur ce film qui a le défaut de ce genre de sujet : montrer l’ennui et la solitude. En résulte vingt minutes qui nous font découvrir Olga, une dame altruiste qui n’a pas grand chose à faire à part déneiger son parking et échanger quelques tirades avec le poivrot local. Il faudra aller du côté du synopsis pour réaliser qu’il s’agissait en fait d’une autre âme solitaire qui égaye ses journées dans une quête d’intimité... je n’ai rien ressenti de tel.

Le film a quand même décroché une Mention Spéciale du Jury au dernier festival de Clermont-Ferrand.

Bande-annonce :

En Août

En aout

Margaux, six ans, se réveille tôt, s’approche de la fenêtre et voit son père ranger des objets et des cartons dans la voiture… Cette matinée d’été s’annonce importante pour la petite fille…

Scénario et réalisation Jenna Hasse. Avec David Lemoîne, Clarisse Moussa, Jenna Hasse. 

Cette autoproduction suisse m’a laissé un peu circonspect. Le choix est intéressant, le point de départ du père et de la fille qui partagent un dernier instant, assez fort et adapté pour un court. Le problème étant qu’à la manière dont je l’ai ressenti, à la réalisation le point de vue adopté est celui de la petite fille alors que le scénario me met plutôt du côté du père. Après j’ai toujours un peu de mal avec une approche extrêmement naturaliste mais dans ce cas-là, pourquoi pas.

La réalisatrice, Jenna Hasse, est une suisse/portugaise, qui a suivi des cours d’Art Dramatique à l’INSAS (l’équivalent de la Fémis à Bruxelles). D’ailleurs, elle travaille essentiellement en tant qu’actrice, métier dans lequel elle se sent plus à sa place, comme elle le dit dans une interview (je reviendrai sur les films de comédiens dans un prochain billet). Son film a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs.

Interview de la réalisatrice chez 20 Minutes

97%

97

Grâce à une application sur son téléphone, Bert se rend compte qu’une personne qui lui correspond à 97% est juste à côté de lui. Arrivera-t-il à la rencontrer avant que le métro n’arrive au terminus ?

Réalisé par Ben Brand, scénario de Thomas van der Ree. Avec Bert Hana.
Caviar.

Sympathique court en provenance des Pays-Bas, à destination des accros à Tinder & Co, « 97% » exploite ses huit minutes et sa situation avec efficacité. L’enjeu est planté d’emblée, un besoin simple et universel, la sensation d’urgence arrive assez rapidement lorsque le train approche de son terminus. Le réalisateur s’amuse avec les fausses pistes (sans aucun dialogue, tout passe par l’image), glisse un sermon connu mais approprié, avant de finir sur une note plus cynique. Une course à « l’amour artificiel » qui colle bien à notre époque.

Le film, acheté chez nous par Canal +, connait une belle carrière en festival. D’ailleurs l’avenir du réalisateur semble radieux vu ses autres travaux et son univers est plutôt intéressant. Et si le nom de la boite qui a produit le film, Caviar, vous dit quelque chose, c’est sans doute parce qu’ils ont co-produit « Mr Nobody » ou encore « Nymphomaniac ».

Page Vimeo de Ben Brand (dont ses deux autres courts-métrages)

Son site web

Bande-annonce :

My Father’s Truck

My Father's Truck

 

Mai Vy a 10 ans. Elle sèche l’école une journée pour aider son père dans son camion. Rapidement, elle se voit confrontée à une morale de laquelle on s’arrange, et à une dure réalité…

Scénario et réalisation Mauricio Osaki. Avec Trung Anh, Mai Vy. 
Lupi Films.

Un des films les plus sympathique du festival jusqu’à présent, cette coproduction Brésil-Vietnam est un petit film sans prétention mais tout à fait réussi. Des enjeux clairs, une bonne situation pretexte (la virée en camion), des moments forts dans un univers à l’esthétique impeccable qui ne s’éloigne pas de son sujet. Pour être franc un joli coup de cœur.

Déjà remarqué au festival du film de Berlin, « My Father’s Truck » est sur la liste de préselection aux Oscars 2015. Son réalisateur, Mauricio Osaki, est originaire de São Paulo, mais est allé faire ses études de cinéma à Singapour au campus asiatique de la New York University. C’est dans le cadre de son fin de cursus qu’il a réalisé « My Father’s Truck ». Petite information intéressante au sujet du film : dans le scénario original c’était l’histoire d’un père et de son fils. Ne trouvant pas de garçon idéal en deux mois de casting à Hanoi, il a décidé de se tourner vers la gente féminine et a eu, comme souvent, un coup de cœur pour la petite May Vi. Finalement, le script n’a pas bougé d’un iota et le film fini fonctionne très bien de cette manière.

La très intéressante interview du réalisateur

Sa page Vimeo

Bande-annonce :

Proavlio (cour d’école)

Proavlio

 

L’école c’est fini pour l’été, l’école c’est fini pour l’éternité, l’école a été déchirée.

Scénario et réalisation Rinio Dragasaki. Avec Avra Vordonaraki.
Guanaco Films.

Derrière ce synopsis, façon discours « libération de Paris », se cache un pur film expérimental. Petit délire esthétique derrière lequel se cache probablement une mise en abîme de la crise en Grèce et la fermeture des écoles. Ou alors le réalisateur venant de recevoir une Red Epic voulait faire une bande-démo pour le mode ralenti de la caméra.

Bande-annonce :

The Execution

The execution

Roumanie, 1990. Trois enfants reconstituent l’exécution du couple Ceausescu. Qui sera la victime ?

Réalisé par Petera Szöcs, scénario de Gergö Nagy V. Avec Katalin Moldován.
Katapult Film.

J’ai beau ressasser le film encore et encore, je n’arrive pas à comprendre de quoi il traitait réellement. Nous y voyons des enfants s’amuser à reproduire la mort du couple Ceausescu (si comme moi vous étiez en bas âge à cette époque, c’est ballot), être avec leur grand-mère, entendre leurs parents s’engueuler, planter un ciseau dans la main d’un élève, partir avec leurs parents avant une panne de voiture et… C’est tout. N’étant pas familier avec le contexte Hongrois du début des années 90 et commençant à accuser le coup de l’enchaînement des films, je suis sans doute passé à côté du sous-texte, mais quand même, tout ça m’a paru bien trop lourd. Si je m’en réfère au synopsis, le raccourci le plus facile est « la victime devient bourreau et vis versa ». Mais pour raconter quoi, au final ? Je me le demande.

Je suis tombé sur le dossier de presse du film (qui était sélectionné à Cannes, encore un) pour glaner quelques informations. Le scénariste qui a étudié l’écriture à Budapest, est un critique de film et scénariste, donc. La réalisatrice, elle, vit aussi à Budapest où elle a eu une formation en scénario. Elle est poète dans l’âme et préfère toujours travailler avec des acteurs amateurs. Elle a déjà fait deux films auparavant même si le précédent, « Slavey », remonte à cinq ans.

Son précédent court-métrage

Extrait du film :

Mémorable Moi

Memorable-moi

Mathieu cherche par tous les moyens à attirer l’attention sur lui. C’est une question de survie : tu penses à moi donc je suis.

Scénario et réalisation Jean-François Asselin. Avec Émile Proulx-Cloutier et Sylvie de Morais.

Vous pouvez remerciez nos confrères Québécois pour cette franche réussite. Un type d’humour mordant et piquant pas forcément attendu de la part de nos cousins Canadiens. C’est peut-être pour cette raison qu’il s’agit d’une autoproduction ?
Si le film se déroule quasi-intégralement en appartement lors d’un échange entre Mathieu et sa compagne, le montage ultra dynamique à coups d’inserts et de flashbacks bien choisis apporte une énergie bienvenue ; chose qui fait cruellement défaut de ce côté ci de l’atlantique (cf. « La femme de Rio » dans le billet d’hier). Mieux, le film nous présente un personnage tout juste hallucinant : un gars prêt à tout pour ne pas succomber à son étrange maladie : si personne ne pense à lui son corps disparait petit à petit. En bonus une prestation formidable d’Émile Proulx-Cloutier. Sans aucune limite, le film, parfois trash mais surtout drôle, est évidemment un portrait au vitriol du monde d’aujourd’hui. « Mémorable-moi » c’est aussi toi, moi, nous, vous et eux. Et je peux vous assurer que tout y passe, comme ça, en moins de quinze minutes dans un film de fiction pur et dur. Chapeau Jean-François.

Si les précédents courts-métrages du réalisateur ont rencontré un joli succès, Jean-François Asselin est désormais bien occupé sur plusieurs séries TV. Pour l’anecdote un certain Xavier Dolan apparait pendant 1,5 secondes.

Site officiel

Page facebook

Bande-annonce :

Stone Cars

Stone Cars

 

Le portrait d’une jeune fille sud-africaine dans un township. Entre éducation sentimentale, « première fois » et apprentissage à la dure du métier de femme.

Scénario et réalisation Reinaldo Marcus Green. Avec Olwethu Anita April, Lungisani Dyalva.
Green Brothers Films.

De facture assez classique en soi, sur la fin de l’innocence, « Stone Cars » tranche complètement avec les courts-métrages qui viennent d’Afrique ou qui la montrent. Un petit rappel que nous vivons presque tous les mêmes histoires d’amour. Une transposition très réussie dans un bidonville africain qui ne verse pas dans le mélo.

Fait plutôt amusant, la société de production est basée à New York ! C’est normal puisqu’il s’agit de la ville d’origine du duo derrière le projet. Plutôt loin du bidonville de District 9 Khayelitsha à Capetown, où se déroule le film. Comme quoi.
Le film connait une sympathique carrière en festival, vous pouvez le retrouver sur le service HBO Go.
Pour en revenir aux fameux Green Brothers et à leur surprenant parcours :
Reinaldo Marcus, l’auteur et réalisateur de « Stone Cars » a emprunté quelques chemins de traverse avant de se lancer dans le cinéma. Ses dix dernières années, il les a passées en tant que professeur dans une école prestigieuse du New Jersey, avant de rejoindre AIG, une des plus iconiques compagnies de Wall Street. C’est surtout sur son (peu de) temps libre qu’il a collaboré avec son frère Rashaad Ernesto. Il a même fait le comédien (et continue d’ailleurs) pour son frère dans le court « Choices », sélectionné à Sundance en 2009. À l’instar de « My father’s truck » un peu plus haut, « Stone Cars » a été fait dans le cadre du programme de la New York University’s Tisch School of the Arts. Depuis « Stone Cars » il a déjà réalisé deux autres courts-métrages (cinq au total). Passons au frère.
Rashaad Ernesto, lui, s’est d’abord taillé une carrière de comédien, après avoir étudié l’actorat à New York. Il a connu une petite parenthèse en tant que professeur dans le Bronx avant de passer derrière la caméra. Comme pour son frère, ses courts-métrages ont été de jolis succès et il a déjà réalisé un long, « Gun Hill Road », dont la première s’était faite à Sundance en 2011. Plusieurs de ses courts sont aussi passés sur HBO, sans doute grâce au Grand Prix du Jury HBO qu’il a obtenu en 2008 lors de l’American Black Film Festival. Il me semble qu’il est passé par la même Université de Cinéma que son frère, mais je ne suis pas sûr. 

Pour en revenir à « Stone Cars », il est franchement impossible d’imaginer que le film est écrit et réalisé par un américain businessman New Yorkais, réalisateur et comédien à ses heures perdues (bientôt à temps plein). Une bonne petite leçon.

Le Film sur HBO

Page Facebook de Green Brother Films

Page Facebook de « Stone Cars »

L’extrait qui fait office de bande-annonce n’est pas trop représentatif du film :

Das Kind (L’Enfant)

Das Kind

Autriche, fin XIXème. Alois attend dans une affreuse agonie la naissance de son enfant. Il ignore les conséquences de cette naissance pour l’humanité. L’histoire commence toujours quelque part…

Scénario et réalisation Manu Gómez González. Avec Ben Temple, Frank Feys, Isabel Blanco.

Alors là… Un film en noir et blanc, très rétro dans sa forme (façon film d’école art & essai des années 80), en allemand, sur un homme qui attend de savoir si son fils va naître, sa femme étant en mauvaise posture. Quoi de mieux que de montrer et faire ressentir l’attente par… de l’attente ? La figure dramatique est exploitée à son minimum. Car ce qui compte dans ce film de quinze minutes, ce n’est absolument pas l’enjeu, suffisamment fort en soi, du père à deux doigts de perdre sa femme et son enfant pas encore né, mais de faire un petit twist sur l’identité du bébé. Donc après quinze grosses minutes d’attente (où nous voyons des enfants jouer avec une cigogne morte – vous voyez la métaphore… – ), l’attente est « récompensée » puisque le petit garçon verra le jour, et ce n’est pas n’importe quel enfant comme nous le rappel le synopsis. Pas de place à l’ambiguité puisque le film compte bien vous faire réaliser l’importance de la chose. Et l’auteur ne va pas hésiter à vous le faire comprendre. Car si tout le monde comprend quand Alois déclare « Mon fils s’appelera Adolf », il faut que le Docteur Rosenbaum précise « bien monsieur Hitler ». Passe encore. Mais un magnifique texte sur carton noir est là pour vous rappeler que, l’Adolf Hitler en question, sera responsable de la mort de 17 millions de juifs. Et pour insister sur l’ironie de la situation, autant préciser que le Dr Rosenbaum, qui a donné naissance à baby Adolf, va mourir deux années plus tard et ne saura jamais que ses petits enfants disparaitront dans les camps de concentration.
Cette critique assassine n’est pas destinée à condamner le choix de « dédier » ce film à Hitler. Au contraire puisqu’il y avait potentiellement une formidable idée. Si le film s’était plus attardé sur le point de vue du docteur et nous avait fait ressentir la nécessité de donner naissance à cet enfant, la fin aurait été plus forte et perturbante. Comment blamer un nouveau né innocent ? Mais en l’état le pire des parti pris de ce film espagnol, que je n’ai toujours pas abordé, c’est que le film baigne dans une esthétique et un décor qui met la religion catholique au tout premier plan. Pourquoi ? Parce qu’au détour d’une tirade du Docteur « Ne me remerciez pas, remerciez Dieu, lui qui écoute vos prières et qui a choisi de laisser naitre votre magnifique enfant », l’auteur nous met en avant une morale aussi douteuse qui navrante.

Je n’ai rien trouvé sur le film ou sur le réalisateur. Par contre vous pouvez voir le film intégralement et gratuitement sur le net ; après tout, il y a des chances que j’ai un avis biaisé sur le sujet.

Voir le film

A Ceremony for a Friend

A ceremony for a friend

 

Mansour a dépassé les bornes ; ses amis décident de le pendre. Ils se rassemblent pour discuter des détails.

Scénario et réalisation Kaveh Ebrahimpour. Avec Mehrdad Iranmanesh, Maryam Nourmohamadi, Sara Shamlou, Mehrad Ghazanfari, Mehdi Mousakhani, Parham Yadollahi, Mohsen Nour.

Cette autoproduction iranienne démarre sur une idée fort amusante (et critique envers l’état iranien jamais dernier pour les pendaisons) au potentiel comico-cynique indéniable. La situation est originale et les dialogues plutôt drôles vu l’approche premier degré du jeu des comédiens (chose que j’apprécie) ; mais pourquoi ne pas avoir laissé ce texte sous sa forme originale, à savoir l’écrit ? Quel est l’intérêt d’en faire un court-métrage qui élude enjeux et satire ? Pourquoi ne pas avoir joué directement sur la situation et nous montrer ce qu’on aurait pu prendre pour une cérémonie de mariage avant qu’on découvre la supercherie, suivi d’une critique politique plus appuyée ? Car en l’état, « A Ceremony for a friend » se résume à 15 minutes de dialogues autour d’une table . Pas déplaisant au premier abord mais très en dessous de ce que le cinéma a à offrir.

Il s’agit du premier film de son réalisateur Kaveh Ebrahimpour. Le film a decroché une Mention Spéciale du Jury au Festival Fantastique de Strasbourg (hein ?) en septembre dernier.

Bande-annonce :

Et voilà pour les films internationaux en compétition ! Petit retour en France maintenant, avec une Carte Blanche de CinéBanlieue.
Si vous ne connaissez pas cet autre festival qui a été créé en 2006, il propose chaque année des films de tous genres (courts, longs, documentaires) avec une thématique ou origine « banlieusarde » (l’occasion pour moi de découvrir que ce mot est dans le dictionnaire). La compétition Talents en Court met en avant les jeunes autodidactes ; ce sont donc les films de cette catégorie qui nous intéressent ici, la Déléguée Générale Aurélie Cardin ayant sélectionné six films primés entre 2010 et cette année.

À la Source

A la source

Drey étudie à Paris, après six mois d’absence, elle retrouve sa cité de campagne, ses copines, sa famille et son copain, mais le séjour tourne peu à peu à la confrontation.

Scénario et réalisation de Steve Achiepo. Avec Audrey Bastien.
Barney Productions.

Assez classique mais qui fonctionne dans l’ensemble. Même si j’ai un petit peu tiqué sur la représentation très stéréotypée de la banlieue (sans être caricaturale, c’est déjà ça), avec un sujet éculé. La forme est plutôt agréable et bénéficie d’une bonne production même si le réflexe caméra épaule très marqué n’apporte rien, au contraire. Et en voulant apporter beaucoup de variété dans les lieux et situations, j’ai eu l’impression que le film s’éloignait un peu de sont sujet, le cul entre deux chaises (plus proche de l’ébauche d’un long que d’un simple court). Peut-être qu’il aurait mieux valu ressérer intrigue et personnage, se focaliser sur les situations les plus originales et intéressantes (la partie de Paint Ball).
Et dernier point, sans chercher à être médisant ou porter un jugement de valeur, mais j’ai eu l’étrange impression que certains passages étaient exécutés pour faire « genre film d’auteur à la française », plus que par véritable envie. Mais je ne m’inquiète pas du tout pour l’avenir de son auteur/réalisateur.

Le film a disposé de plusieurs dispositifs d’aide et la société de production Barney a déjà produit six courts-métrages depuis 2012. Steve Achiepo est issu de la comédie (après un bref passage dans l’immobilier). Il a réalisé « À la Source » juste après « En équipe » dont je vous parle ci-dessous.

Portrait du réalisateur sur Bondy Blog 

En équipe

en équipe

 

Bastien, seize ans, vient de remporter un match décisif avec son équipe. Alors qu’il célèbre la victoire, il apprend que Lauriane, la jolie fille à l’écharpe rouge, souhaite faire sa connaissance.

Réalisé par Steve Achiepo, scénario de Steve Achiepo et Vincent Maury. Avec Bastien Bourhis, Sékou Baradji-Diarra.
Cheval Deux Trois & Shaker Production.

Deuxième film de Steve (mais tourné avant « À la Source »), le film aborde une idée plutôt simple et adaptée à la forme courte, un moment que tous les garçons ont connu : la question de l’affichage de sa virilité (et virginité) devant les potes. Les deux personnages principaux sont attachants et les comédiens font plutôt du bon travail (sans doute bien dirigés, il faut le souligner), mais le film est vraiment beaucoup trop long avec un premier acte un peu trop bavard et pas si important. D’autant plus que le film introduit des éléments qui servent de raccourcis douteux (le coup de l’alliance, c’est pour le côté « je crois au prince charmant » ?). Une fois de plus, la caméra épaule est de mise, sauf dans la seconde partie ; c’est bien dommage car quand Steve pose sa caméra, ça donne de jolies choses.

« En équipe » a aussi connu une belle carrière (prix de qualité du CNC, achat France 2). Steve Achiepo encadre d’ailleurs le Jury Jeune du festival Paris Courts Devant de cette année.

Interview du réalisateur sur le blog de Courts Devant

Site du co-scénariste (aussi comédien) Vincent Maury

Le Film dans son intégralité :

Calamity Jane Lettre à sa Fille

Calamity Jane

Septembre 1877. Calamity Jane, seule auprès de son feu de camp, écrit à sa fille de 4 ans qui vit en Europe.

Un film de Vincent Richard.

Film entre l’animation et l’expérimental. Je n’ai malheureusement pas grand chose à dire sur le sujet puisqu’il s’agit juste de la lecture en voix off d’une lettre de Calamity Jane avec des animations pour illustrer tout ça. Dessiné directement sur de la pellicule, le rendu est plutôt intéressant.

Le précédent court du réalisateur 

Le Film dans son intégralité :

Kliptown Spring

Kliptown Spring

Dans un quartier populaire de Soweto, des enfants jouent à la guerre ou grimpent à un arbre, certains font la révolution, d’autres construisent un mur, ou encore lavent une voiture.

Un film de Nicolas Boone. Eat My Dust Production.

Cas un peu à part, il s’agit ici d’un film en plan séquence au look documenteur, où l’on suit une centaine d’habitants d’un bidonville qui jouent des petites saynètes. L’idée est assez réjouissante et déborde d’énergie, mais on sent parfois le poid de la logistique très élaborée à travers quelques maladresses (ombre du steadycamer qui donne des indications, timing, regards caméras, etc.) ; j’y ai sans doute fait attention, l’absence de sous-titres m’ayant un peu sorti de… l’exercice.

Site de Nicolas Boone

Le Film dans son intégralité :

Chemin de Traverse

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Ali et son fils tombent en panne au milieu d’une campagne perdue. Ils sont condamnés à attendre et à se supporter alors qu’ ils ne partagent que des relations conflictuelles.

Scénario et réalisation Ahllemm Bendroh. Avec Ali Merghache, Hamza Meziani.

Un film plutôt gentil, pour ne pas dire très léger, en dépit d’une intention louable. Je l’ai surtout trouvé un peu maladroit et proche d’un petit film « option CAV ». L’exposition montre un homme qui tousse et prend des pilules pour nous expliquer qu’il est malade. Ils roulent, silencieux, lui et son fils, avant de tomber en panne. Après une dispute expédiée, le fils part marcher dans la nuit. De son côté le père a une nouvelle quinte de toux qui laisse présager le pire, le fils rebrousse chemin jusqu’à la voiture, clap de fin.

Pour remettre les choses dans leur contexte, comme on peut s’en douter et ce n’est pas vraiment péjoratif, il s’agit d’un premier film tourné pour pas grand chose. « Chemin de traverse » s’est fait suite à un synopsis retenu à Génération Court. La jeune réalisatrice est diplômée d’un Master Culture et Médias de Paris XIII, a été stagiaire pour CinéBanlieue en 2011 et a participé aux ateliers Égalité des Chances de la Fémis. À l’heure d’aujourd’hui elle fait un CAP Pâtisserie pour avoir un métier plus rassérénant que le cinéma sur le plan pécunier.

Article sur la réalisatrice chez Bondy Blog

La Ville Lumière

La ville lumière

Stéphane, 20 ans, débarque à Paris chez sa grand-mère. Tiraillé entre son histoire familiale et les tensions du travail, Stéphane va devoir faire des choix.

Scénario et réalisation Pascal Tessaud. Avec Vincent Perez, Liliane Rovère, Jean-Paul Bathany, Moussa Mansaly et Grégory Gadebois.
La Luna Productions.

La réalisation globale est solide, tout comme le jeu des comédiens. Un film français dans le sens classique du terme, très travaillé. Le problème c’est que le film comporte trois parties qui pourraient constituer trois courts autonomes.
La plus intéressante, à mon sens, est celle qui se déroule sur le lieu de travail de Stéphane, l’univers des cuisines de luxe où il est embauché par son père, un vrai tyran (pour être poli). S’insère à ça un arc scénaristique autour de la grand-mère de Stéphane (d’ailleurs, ajoutez au personnage principal dix ans de plus dans le film par rapport au synopsis), chez qui il vit. Un récit qui fait peu écho à la première partie, les deux arcs ne s’enrichissant pas mutuellement (ou du moins pas suffisamment). Vient le troisième morceau balancé en plein milieu du film. Stéphane « chope » en boîte, couche avec la dame avant qu’elle ne parte pour l’étranger (après avoir rencontré la grand-mère). Si on peut y trouver une vague notion de peur de l’abandon du personnage pour faire écho au reste, ce sera manifesté au détour d’un simple et monocorde « reste ici avec moi ». En prenant le personnage avant et après cette rencontre, absolument rien n’a bougé. Et pour en revenir à la scène « d’amour », je me permets un coup de gueule que je trouve justifié. Et il s’adresse à vous tous, chers auteurs/réalisateurs qui voulez absolument filmer des coïts, en choisissant de prendre le temps de montrer ces corps nus qui s’emboitent ; ce qui devient presque un bizutage dans le cinéma (cela vaut aussi pour les comédiens qui acceptent sans sourciller). En soi, voir des comédiens faire la chose… bon pourquoi pas. Mais dans 99% des cas, ces scènes sont vides de tous enjeux dramatique et sont aussi utiles que de montrer le personnage faire la vaisselle pendant cinq ou dix minutes, ou s’acheter une baguette de pain. Par pitié si vous voulez absolument faire ces scènes, qu’elles aient un minimum de sens. Ne serait-ce que par égard pour les spectateurs et les comédiens. Je vous invite à vous offrir « A History of Violence », un exemple où les scènes de sexe sont justifiées, caractérisent les personnages, évoluent en fonction de l’intrigue et, cerise sur le gateau, font écho au sujet.

Originaire du 78, Pascal Tessaud est un autodidacte pur. Il a réalisé un long-métrage en totale indépendance, « Brooklyn » (tourné à St Dennis, Brooklyn c’est le blaze du rôle principal), projeté cette année à Cannes dans la section ACID qui prône la production et la diffusion du cinéma indépendant.

Une interview chez Le Sens des Images

Un chouette portrait du réalisateur chez Bondy Blog

Interview chez ReapHit

Extrait du film :

Vu l’avalanche de films, vous excuserez ce petit délai pour la parution de l’article. Le prochain billet sera l’occasion de parler de trois courts français qui méritent qu’on s’y attarde, ainsi que d’une Table Ronde dédié à la lecture des dossiers/scénario chez les producteurs, résidences et au CNC.

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